Quel appareil photo choisir pour le voyage ?

Dernière mise à jour : septembre 2019

Je fais régulièrement le tour du matériel photo disponible pour partir en voyage, et je  partage avec vous ici le résultat de mes investigations dans un guide « toujours à jour » du matériel photographie le plus adapté. Voilà donc le fruit de mes recherches, avec comme orientation très claire celle d’avoir le matériel susceptible de fournir les photos de la meilleure qualité (technique) possible et non pas un simple appareil pour faire des tirages papier 10x15cm ou poster sur Facebook. Cet article est donc pointu, technique, long, mais j’avais envie d’aller plus loin que les articles qu’on trouve habituellement qui concluent après 10 lignes qu’un compact récent c’est quasiment la même chose qu’un réflex mais en beaucoup moins lourd ou qu’un hybride micro 4/3 c’est pas beaucoup plus encombrant qu’un compact.
Comme sur mon billet initial « pré-tour-d’Europe » (réflexions avant le départ), la première grande question à se poser c’est la place qu’on souhaite donner à la photo et à la vidéo dans son voyage (réflexions après le retour), ainsi que la répartition entre les deux. Si vous souhaitez ramener des photos souvenirs vous n’avez pas les mêmes besoins que si vous avez envie de photographier avec passion ou que si vous voulez monter un film documentaire au retour. Mon analyse ci-dessous prend en compte des besoins équivalents en photo ET vidéo. Certains choix seront plus évidents si vous n’êtes intéressés que par la photo !

La chance que nous avons, c’est qu’en 2019 il y a une masse importante de produits pour répondre à ces différents besoins. Certes les appareils « parfaits » n’existent pas, mais la majorité sont quant même excellents sous de nombreux angles.

Pilule rouge ou pilule bleue ?

Les compacts

Pour ceux qui veulent simplement ramener des photos et faire des vidéos correctes sans être à la recherche de la qualité optimale, de la netteté parfaite dans les coins, du son nickel et qui cherchent un appareil simple, petit et polyvalent, je conseille un compact expert. Il sera également apprécié des randonneurs à pied pour lesquels le poids est extrêmement critique :

Le Canon G5X mark II

Que dire ? Compact à grand capteur (1 pouce), zoom 24-120 à grande ouverture (f/1.8-2.8) pour des photos en intérieur sans flash ou par faible luminosité, viseur dépliable… Déjà une excellente base. Quand on rajoute la très bonne qualité en vidéo (full HD 120fps, 4K 30fps), l’écran tactile, la stabilisation très performante, la recharge par usb, le grip qui permet de le tenir correctement d’une seule main… ça en fait un compact quasi parfait. Quasi car il coûte quand même environ 900 euros.

Il y a des déclinaisons un peu moins chères, par exemple le G7X mark III, qui est en gros le même sans le viseur. Les versions précédentes (G5X, G7X mark II…) mais globalement s’il ne doit en rester qu’un, je vous conseille le G5X mark II !

L’alternative plus « populaire » se trouve chez Sony, avec probablement le meilleur appareil photo du style sur le marché : le RX 100 VI. la série des RX100 n’est pas récente, mais pour le voyageur, la 6è version, avec son zoom équivalent à 24-200mm, son ouverture correcte f/2.8-4.5, un viseur qui se déplie et replie facilement, toutes les fonctions vidéos possibles, la qualité de ses images, aussi bien photo que vidéo (meilleure que le Canon au dessus) font que le RX 100 VI est juste LE meilleur appareil photo compact sur le marché à ce jour. Par contre il faudra se délester de 1200 (!!!) euros pour l’acheter, tarif qu’on retrouve en général plutôt sur des réflex milieu de gamme. C’est un peu étrange de mettre un tel prix dans un compact… mais en même temps si le résultat et le gain de poids sont là, pourquoi chercher plus encombrant ? La bonne nouvelle c’est que la 7è version arrive, sans grand apport pour le voyageur (encore meilleur AF [c’est possible ?], prise micro, timelapse photo…) et qu’elle fera probablement baisser un peu le prix de la version 6.

Entre le Canon et le Sony on peut s’interroger. Canon a toujours sorti un peu « mollement » tous ces compacts 1″. A côté Sony s’arrange pour faire parler, beaucoup parler de ses compacts. Du coup on trouvera des centaines de vloggeurs et autre reviewers parler des RX100 mais très peu du G5X mark II. Pourtant à l’heure du choix pour le voyage, mon coeur balance plus pour les Canon en raison de son meilleur grip et son meilleur zoom (plus ouvert). En terme de qualité d’image, c’est assez kif-kif. Sony est juste plus en avant sur toute la partie vidéo et sur l’autofocus. Mais quand le Canon passe sous les 1000 euros sans souci alors que le dernier Sony atteint 1300 euros, le choix commence à se simplifier pour nombre d’entre nous !

En compact à zoom plus long mais toujours capteur 1 pouce, il y a le Panasonic Lumix TZ100 et le plus récent TZ200. Par contre on perd beaucoup au niveau ouverture (f/5.9 à bout de zoom sur le 25-250 du TZ100 et f/6.4 sur le 360mm du TZ200), mais avoir un zoom de cette amplitude dans la poche, avec un viseur (mais écran non orientable) est quand même une idée sympa ! Après comme tout zoom de ce type de range (10 ou 15x) et de cette compacité, il faut s’attendre à des compromis sur l’optique. Si vous êtes exigeants sur la qualité d’une photo de paysage, avec des détails piqués, une herbe ultra nette d’un bord à l’autre de l’image, ce n’est probablement pas le matériel qu’il vous faut.

Pour tous les autres c’est probablement suffisant, et le manque de qualité surviendra seulement quand la lumière vient à manquer : soir, intérieur, …

Hormis ces quelques appareils, si on veut dépasser ces fameux 100-120 mm, il faut abandonner les compacts. Certes vous avez des appareils du type Sony HX90 (ou le plus récent HX99) avec des zooms de fous (720mm) mais franchement la qualité globale des images ne me semble pas adaptée à la photo de voyage qu’on fait une fois dans sa vie. Pourquoi pas en « second appareil », mais ne compter que sur un appareil de ce type (tout petit capteur, images bruitées même à 100 iso, objectif très peu ouvert, lissage très marqué dès qu’on monte en iso…) me semble une mauvaise idée.

Du coup pour obtenir une meilleure qualité il faut passer… sur des appareils plus gros. Et là, aussi bien du point de vue prix qu’encombrement, ça s’envole un peu (enfin un RX 100 n’est pas spécialement bon marché non plus !!!).

Compacts à très grands capteurs

2 compacts sont un peu hors normes :

Le Panasonic LX 100 II. 2è itération d’un compact un peu gros mais embarquant un capteur micro 4/3 et un zoom 24-75 f/1.7-2.8. L’ouverture est sympa, le zoom un peu court et le capteur un peu meilleur que ce qu’on trouve en 1 pouce… Un choix difficile, le gain par rapport au 1″ est faible, l’optique devant étant un peu moyenne, l’encombrement est nettement plus important, par contre le point très appréciable de cet appareil c’est la qualité des commandes : bague autour de l’objectif pour régler l’ouverture, molette pour la vitesse, correcteur d’exposition, c’est un appareil plaisant à utiliser… et ça peut faire toute la différence pour les amateurs de photographie qui sont un peu déçus par l’ergonomie et le confort d’utilisation des compacts en général.

Le Canon G1X mark III. Un compact avec capteur APS-C pour moins de 400g ! Cet appareil dispose d’un zoom 24-72 f/2.8-5.6. La focale et l’ouverture à bout de zoom ne font pas rêver, mais le capteur derrière l’objectif (ce dernier étant très correct en terme de qualité optique hormis dans les coins à 24mm) est celui d’un réflex 80D de la même marque. En gros on embarque l’équivalent d’un réflex avec zoom de base (un peu moins long mais le zoom du compact est plus grand angle [équivalent 24mm vs 28,8mm sur les zooms standards de type 18-55], ce qui est à mon sens plus utile), dans un encombrement nettement moindre. J’aime assez ! J’aurai bien sûr préféré que le zoom monte un tout petit peu plus loin (atour de 100mm ça aurait été parfait) mais l’avantage c’est qu’on peut recadrer si besoin dans les 24 mégapixels du capteur APS-C… ce qui est plus difficile sur un compact 1″ par exemple où ça se termine vite en bouillie de pixels. Même chose pour l’ouverture qui n’est à 2.8 qu’au tout grand angle du zoom. Dès qu’on touche un poil au zoom l’ouverture descend très vite et se retrouve à 5.6 très (trop) rapidement. Le prix, l’encombrement nettement supérieur à ce qu’on trouve en 1″ et les fonctionnalités vidéos un peu basiques par rapport aux appareils Sony font que c’est un appareil à privilégier si vous souhaitez une qualité capteur/optique avant tout pour une utilisation majoritairement orientée photo. C’est un appareil que j’imagine bien pour les randonneurs à pied qui veulent la meilleure qualité  possible pour les paysages, sans pour autant dépasser 400-500 grammes. En extérieur, l’ouverture ne sera pas trop un problème, seul le zoom un peu court empêchera la photo d’animaux lointains (oiseaux, marmottes, …)

Les bridges

quelques-un ont retenu mon attention :

Le Panasonic FZ1000, pour son capteur 1 pouce et son zoom 25-400 plutôt assez ouvert (2.8-4.0). Le reste est assez traditionnel, mais ça fait un appareil franchement très équilibré, pas trop encombrant ni lourd (800 grammes), qui fait de bonnes vidéos… et à un tarif très raisonnable. Franchement l’un des meilleurs compromis qu’on puisse faire si on reste sur une approche « photo souvenir », qu’on n’est pas photographe dans l’âme et qu’on n’a pas un budget extensible ou en tout cas pas massif à consacrer à la photo/vidéo.

Le FZ2000 est plus récent et corrige certains détails du précédent, mais au prix d’un zoom un peu plus étriqué : 24-480 f/2.8 -4.5 et d’un prix plus élevé. Ça reste néanmoins un excellent choix avec de bons points pour la vidéo.

Le second appareil est le Sony RX 10, décliné en version I (24-200 f/2.8, 1080p), II (24-200,4K), III (24-600 f/2.4-4.0, 4K) et désormais IV (meilleur capteur et AF, 120fps en 1080p…). Les prix sont comme souvent chez Sony : très élevés ! Mais on a sur le 1 et 2 un 24-200 f/2.8 constant, le genre d’optique qui n’existe même pas en rêve dans le monde des réflex. 200mm sera suffisant pour certains, un peu léger pour d’autres. Les dernières versions tombent à f/4.0 lorsqu’on zoome mais un équivalent de 600mm dans un format aussi compact, il n’y a pas mieux.

D’une manière générale, hormis le FZ1000, en terme d’encombrement et de poids on commence à chatouiller du matériel bien plus évolué/évolutif. les derniers RX10 dépassent en effet largement le kilo et le volume des appareils de type « mirrorless » à objectifs interchangeables. Bref ce type d’appareil est un peu à cheval entre 2 mondes : si à une époque avoir un équivalent 24-200mm sur capteur 1 pouce nécessitait un encombrant bridge, c’est l’affaire du passé depuis le RX 100 VI. Bref pour moi les bridges sont trop lourds et encombrants pour un faible gain par rapport à un compact, et pour avoir mieux qu’un compact en terme de qualité d’image il faut passer par un capteur plus grand, intégré dans un appareil de type mirrorless.

Si on veut mieux ?

Le problème principal de quasi tous les appareils évoqués jusqu’à présent c’est la taille du capteur (Une petite comparaison des tailles des capteurs ici) : 1 pouce. C’est (sauf les exceptions sus-citées) le plus grand qu’on puisse trouver sur un compact/bridge dédié au voyage, mais c’est ridiculement petit par rapport au monde des réflex.
L’inconvénient c’est le grain qui apparait sur les images à iso élevés, mais qui sont en réalité déjà bien présents mêmes à faible iso (en plein jour dans les ciels bleus c’est parfois granuleux). Avantage : les appareils que j’ai évoqué ont en général des zooms avec des ouvertures très grandes (par exemple f/1.8 ou 2.8 sur certains RX100) ce qui compense en partie le problème de la difficulté à monter en iso.
Si ce que je vous raconte c’est du chinois, un excellent moyen de progresser avant même de partir en voyage, c’est d’apprendre à se servir d’un appareil et de comprendre son fonctionnement. Il y a des tas de tutos sur le net, et je propose pour ma part des cours complets sur le sujet. Pour résumer : la bonne exposition d’une image est définie par 3 points vitaux :
1/ la quantité de lumière qui arrive sur le capteur (elle dépend de l’ouverture de objectif devant : f/1.8 c’est une grande ouverture, f/6.3 c’est petit, ça progresse par racine carré et à chaque fois il y a 2 fois moins de lumière. Ex : f/1.0 -> 1.4 -> 2.0 -> 2.8 -> 4.0 -> 5.6…),
2/ la sensibilité du capteur (sa capacité à générer une image dépourvue de grain)
3/ le temps de pose (qui ne peut pas descendre en dessous d’une certaine limite sous risque de flou de bougé : soit du photographe soit du sujet photographié).
Bref, un objectif avec une petite ouverture (grand nombre, par exemple 5.6 et non pas 1.8), un petit capteur (par exemple 1 pouce qui ne peut pas monter à 6400 iso sans générer un grain immonde), et un sujet qui bouge font qu’en faible luminosité on aboutira à une image moche : granuleuse et floue en raison d’un temps de pose trop long. Les fabricants trichent en lissant les photos à la truelle pour masquer le grain, mais ça ne rend pas la photo meilleure.
A l’opposé, un objectif qui ouvre à f/1.8, un capteur immense qui permet de monter à 12800 iso avec un grain acceptable, permettra un temps de pose beaucoup plus rapide, d’où une image nette et agréable à regarder. C’est la différence entre la poubelle d’un côté et une belle photo souvenir de l’autre.

Il y a également tous ceux qui sont plus exigeants sur la qualité globale de l’image, je parlais du grain dans les ciels des photos issues d’appareils à petit capteur, mais il y a aussi tous les problèmes de coins « mous » issus des photos réalisées avec ces zooms extrêmes du type 24-100 1.8-2.8. Je possède le G7X, à 24mm les photos de paysages ne me font pas rêver. Les feuillages dans les coins sont flous, l’herbe au premier plan pas terrible non plus, et les jpeg générés par l’appareil transforment tous les détails en bouillie immonde et les raw n’ont souvent pas grand chose à récupérer. Alors oui je suis exigeant, je regarde mes photos sur de grands écrans, je recadre souvent (quand on ne peut pas dépasser 100mm on est souvent obligé) et à côté du compact j’ai des tonnes de photos réalisées avec un réflex plein format et des objectifs de très grande qualité. La différence saute aux yeux, il y a un monde entre les deux… Mais en voyage on ne peut pas partir avec 10 kilos de matériel photo, et son utilisation ne serait pas forcément très agréable : Faire des vidéos avec un réflex grand format sans autofocus, une focale fixe non stabilisée… ça n’est pas franchement très pratique. Donc comme je l’évoquais en introduction, tout est question de positionnement du curseur : que désire t’on ? Quels compromis est-on prêt à faire ou non en terme de prix, d’encombrement, de poids, de facilité d’usage ?

Partie haute d’une photo au G7X, c’est très mou et le lissage du jpeg est immonde (cliquer pour agrandir)

Si vos exigences dépassent celles des appareils évoqués auparavant, la suite est pour vous.

Si on poursuit progressivement en allant doucement vers le plus qualitatif, on se retrouve avec des appareils à objectifs interchangeables et capteurs plus grand. Les 2 formats les plus communs sont le micro 4/3 (chez Panasonic et Olympus principalement) ou APS-C (chez Sony, Fuji et bien entendu Canon et Nikon).

L’intérêt de ces 2 formats sont un compromis entre la qualité de l’image et l’encombrement. Autant vous le dire clairement, ni Canon ni Nikon n’ont (encore) embrassé pleinement cette approche. Je pense que le passif était trop important, ils ont cherché (et réussi) à faire des réflex pas trop encombrants mais n’ont pas réussi à repartir de zéro et de simplement intégrer un grand capteur dans un appareil (et des objectifs) les plus petits possibles quitte à dégager le viseur optique (et à le remplacer par un bon viseur électronique). Canon est revenu doucement dans la course avec son M5 mais franchement c’est un appareil un peu en retard à côté de la concurrence qui a désormais bien plus d’expérience et surtout le parc d’objectifs dédiés (compacts) de qualité est proche du néant.

En micro 4/3 :

J’ai longtemps conseillé quelques boitiers micro 4/3, par exemple le Panasonic G80, notamment avec un 14-140 pour son côté compact et plutôt abordable. Mais objectivement en 2019 (même avec un G90), avec les améliorations des appareils APS-C mirrorless, aussi bien en performance qu’en compacité, je ne vois plus trop de raisons de conseiller ce format lorsque l’on a la photographie de voyage avant tout à l’esprit. Ils conservent quelques avantages pour la vidéo, leur facteur de « crop » fait qu’il est agréable d’imaginer partir en safari avec du matériel léger et compact. Par exemple le Leica 100-400 f/4.0-6.3 est hallucinant : un équivalent 800 mm dans un fut de 17cm et de moins de 1 kg c’est juste sans aucun équivalent sur le marché. Pour comparaison un 800 mm Canon c’est 46cm de long et 4,5 kg… et accessoirement autour de 13 000 euros !!!
Même chose, en vidéo, l’apport de la double stabilisation (capteur + optique) peut être très sympa, mais si ça se fait au détriment de la qualité photo, personnellement je passe mon chemin.

Le problème pour moi c’est que malgré tout la qualité globale est un bon cran en dessous de ce qui se fait en APS-C :

  • la dynamique est plus faible
  • le bruit dès qu’on monte dans les iso est important
  • même à iso faibles on peut se retrouver avec du bruit dans les ciels/nuages où les ombres d’une scène
  • les prix sont élevés lorsqu’on cherche à monter en qualité
  • les gains d’encombrement et de poids ne sont pas si importants que ça. En lien un exemple versus un boitier APS-C récent. Il est difficile de trouver des optiques strictement équivalentes mais ça donne un ordre d’idée.

Photo au GH2 + 14-140 à 140mm f/8.0 160 ISO. Jpeg simplement retraité dans Lightroom niveau couleurs. Exemple type de photo nickel en petit format… et qui fait peur quand on la regarde en zoom 1:1 (photo cliquable, rien n’est vraiment net, regardez le flou dans les coins, la bouille de pixels de l’herbe…)

Bref sauf marché de l’occasion pour avoir des prix exceptionnellement bas, en 2019, notamment depuis l’arrivée du Sony A6400 et du fait que Panasonic se lance dans le plein format (au risque de délaisser le micro 4/3), je ne recommande plus rien en micro 4/3.

En APS-C « mirrorles » :

J’ai 2 amours, le premier chez Sony avec sa gamme A6xxx. Le fer de lance s’appelle A6500 (et A6600 en approche). Attention, prévoir les billets et les batteries de rechange. C’est un boitier bizarre, d’un côté c’est la 3è itération d’un bon produit (A6000 puis A6300 puis A6500) et en même temps c’est toujours un boitier qui n’aurait jamais dû sortir tant il donne l’impression d’être en version bêta. Par contre la qualité de l’image est phénoménale, l’autofocus impressionnant aussi bien en photo qu’en vidéo, la stabilisation de capteur est parfaite… Disons que c’est le meilleur qu’on puisse tirer en photo ET en vidéo d’un capteur APS-C. Mais le prix est stratosphérique, la vidéo en 4K fait chauffer le boitier, la batterie fond comme neige au soleil, l’écran est quasiment illisible au soleil, son tactile fonctionne très moyennement… Beaucoup de points un peu bâclés qui pourraient être pénibles en voyage où on est quasi toujours dehors, parfois avec des gants, et pas vraiment collé à une prise électrique. Mais bon quand même, quel résultat ! Allez on se rassure en se disant qu’il se recharge en USB et qu’il a un excellent viseur pour compenser l’écran moyen. Si le tarif du A6500 vous rebute, le petit dernier, le A6400, sorti début 2019 reprend le meilleur du A6500 avec quelques détails en moins, notamment la stabilisation de capteur, mais pour un prix nettement plus abordable ! Il intègre même des améliorations car il est plus récent : meilleure autonomie, meilleur processeur (chauffe moins), autofocus encore meilleur… un A6100 d’entrée de gamme arrive également bientôt, le choix commence à être compliqué.
Si l’un de ces petits Sony est votre choix, côté objectifs le zoom de base 16-50 est un peu court et pas exceptionnel et n’a que pour lui son extrême compacité, le 16-70 f/4.0 Zeiss est trop cher par rapport à la qualité « correcte mais sans » plus qu’il apporte, et seuls les 18-105 f/4.0 (équivalent 27-157mm) et le plus récent 18-135 f/3.5-5.6 OSS (équivalent 27-202, plutôt bon hormis les coins) semblent taillés pour le voyage. Un 16-55 f/2.8 (équivalent 24-82mm / non stabilisé) très qualitatif est également en approche dans les mois à venir, et à 494 grammes, c’est un excellent choix si vous pouvez vous l’offrir (autour de 1500€), de préférence sur un boitier avec stabilisateur de capteur. Avoir à disposition un équivalent 24mm plutôt que 27 est toujours appréciable en voyage où on n’a pas toujours le recul suffisant, notamment en zones urbaines). En budget plus limité, ma préférence va au 18-135 très polyvalent : compact, long zoom et probablement besoin de rien d’autre en terme de téléobjectif. Vous pouvez aussi tenter le 18-200 f/3.5-6.3, un peu disproportionné par rapport au boitier, moyen en tout mais aussi terriblement pratique. La qualité d’image est forcément moins bonne que le 18-105 ou le 18-135 mais l’allongement de focale appréciable. Et f/6.3 en bout de zoom (et même bien avant) ça ne fait pas rêver quand les conditions lumineuses deviennent plus délicates.

Si vous êtes plutôt « grand angle », le 10-18 f/4.0 stabilisé, un peu cher mais très correct et qui complète bien le 18-135 si vous préférez du large champ.

Si vous souhaitez compléter par une petite focale fixe, regardez le 35mmn f/1.8 qui est stabilisé en plus !

Si c’est un zoom plus long qui vous intéresse, vous avez le choix entre un truc très très moyen (55-210 qui une fois de plus ne fait pas rêver) ou un tromblon hors de prix et au poids démesuré le 70-200 f/4.0 car prévu également pour les capteurs pleins formats. Même chose pour le 70-300 f/4.5-5.6 (prévu pour le fullframe mais compatible avec les APS-C). C’est le problème de Sony : le parc pas très homogène entre ce qui est prévu pour l’APS-C et le fullframe… et c’est dommage de devoir payer cher un objectif prévu pour le plein format alors qu’il sera au passage plus lourd et qu’il ne nous apporte rien. Sony a clairement décidé de privilégier sa gamme full-frame et du coup les nouveautés en terme d’objectifs APS-C sont rares : il manque clairement un petit téléobjectif APS-C de qualité dans la gamme… Et bien il est désormais annoncé, un 70-350 f/4.5-6.3 (donc équivalent 105-525mm !!!) est en approche. Et à 625 grammes c’est juste exceptionnel… il faut juste être patient et prévoir un bon budget (1200€ ?) !

Si vous voulez tirer le maximum de qualité de ce boitier sans trop vous ruiner, vous pouvez le faire en utilisant quelques focales fixes :
– le Samyang 12mm f/2.0 (tout manuel) / Le Zeiss Touit 12mm f/2.8 (cher, avec autofocus un peu bruyant), sympa pour compléter un zom pas très grand angle.
– le Sigma 19mm f/2.8 (équivalent 29mm)
– le Sigma 30mm f/2.8 (équivalent 45mm) mais le Sony 35mm f/1.8 reste plus pratique
– le Sigma 60mm f/2.8 (équivalent 90mm) ou le Sony 50mm f/1.8 (stabilisé, plus ouvert).
Une combinaison de ces petits objectifs légers et compacts peut vous permettre sans souci de partir avec du matériel d’excellente qualité dans un encombrement vraiment réduit, à l’image de ce qu’on trouve en micro 4/3 et qui semble aujourd’hui un peu désuet.

Le choix le plus pertinent à l’heure actuelle en terme de rapport qualité/prix est à mon avis le A6400 couplé au 18-135. En effet le gros avantage du A6500/6600 par rapport au 6400 est sa stabilisation de capteur, mais comme le 18-135 intègre une stabilisation optique ça n’est plus vraiment un problème de se passer de stabilisation de capteur. Pour moins de 1500 euros on a vraiment une association redoutable pour faire d’excellentes photos en conservant un encombrement et un poids minimums. Le range équivalent à 27-202mm est plutôt agréable, et les 24 mégapixels permettront un éventuel recadrage si on trouve ces 200mm un peu courts.
Même chose, si vous complétez ce combo par un petit 35mm f/1.8 (pour un usage le soir ou plus discret) lui aussi intègre une stabilisation optique, génial, encore de quoi se contenter du A6400 bien moins cher que le A6500. Même chose, si le A6400 est encore trop cher pour vous, le A6300 et bientôt le A6100 sont des excellents appareils pour la moitié du prix !

Mon second amour, c’est Le Fuji X-T30 (et auparavant le Fuji X-T20 qui reste disponible pour moins cher). Un boitier dont on entend un peu moins parler mais qui me semble idéal pour les amoureux de la photographie. Capteur APS-C, ergonomie pensée pour la photo (bague de réglage de vitesse, d’ouverture…), qualité des jpeg générés par le boitier, recharge en usb… La vidéo est un peu en retrait, un peu comme Olympus en micro 4/3, mais rien de bien méchant. Le parc d’objectifs est très limité mais ceux proposés sont plutôt de bonne qualité et aux tarifs raisonnables. C’est un boitier qu’on a envie d’utiliser. C’était le gros point noir lors de notre tour d’Europe : pour moi qui suis photographe, le GH2 (rappel, on parle d’un appareil de 2010) était un peu un jouet électronique et pas vraiment un appareil photo. Je me souviens avoir pesté contre la seule molette disponible qui avait 2 fonctions avec un clic pour basculer entre les 2, ignoble à l’usage)
Franchement, si vous n’envisagez la vidéo que comme un petit plus et que la photo est vraiment prépondérante dans votre choix, c’est LE boitier APS-C à choisir. Si vous pouvez investir dans son grand frère et plus récent X-T3 (en auparavant le X-T2) c’est encore mieux (protégé contre les intempéries, molette dédiée pour régler les iso, joystick pour régler les collimateurs autofocus, meilleurs modes vidéos…) mais le X-T20 reprend quasiment une bonne partie du concept.. et le X-T30 reprend quasiment tout, sauf la protection contre les intempéries et le double slot pour carte mémoire). Même remarque pour le X-H1 : boitier plus récent, avec notamment un capteur stabilisé bien appréciable pour la vidéo… mais lorsqu’il est sorti il était à 2200€ le morceau ! Il jouait sur le terrain du fullframe… et là il n’est plus dans la course à mon avis. Les prix ont bien baissé depuis et il revient dans la course… si la vidéo est un point important pour vous, c’est probablement lui qu’il faut envisager !
Côté objectifs le 18-55 2.8-4.0 disponible dans une des versions « kit » est une excellente base, mais ça sera un peu court pour ne partir qu’avec ça. En plus polyvalent, on ira probablement vers le 18-135 f/3.5-5.6.
Si on veut compléter par plus long on a soit un 50-230 f/4.5-6.7 léger et pas cher mais qui ne fait franchement pas rêver un photographe (ouverture trou de serrure), soit un 50-140 f/2.8 parfait (mais 990g, ce qui est peu pour l’objectif en question mais lourd en voyage) au prix stratosphérique (autour de 1500 euros). Miracle, entre les deux il y a le 55-200 f/3.5-4.8, parfait (plus de 700 euros quand même) ! On pourrait aussi ajouter une focale fixe à grande ouverture , le 35mm f/2.0 par exemple… mais il sera inutilisable en vidéo car non stabilisé, et comme (hormis le X-H1) le boitier n’intègre pas de stabilisation de capteur… ça n’est pas idéal.

Du côté de l’APS-C « traditionnel » :

A ce stade on a fait le tour de ce que je considère comme matériel un poil compact, disons plus compact que le traditionnel réflex et ses objectifs. Par contre vous l’avez vu, les tarifs sont parfois assez alarmants, surtout comparés à ce qu’on trouve par exemple chez Canon.

Lorsqu’on envisage un boitier du type réflex Canon entrée de gamme, on peut avoir un EOS 760D + 18-55 f/3.5-5.6 pour moins de 800 euros. Le 250D tout petit est aussi un boitier intéressant pour son rapport encombrement/poids/prix. Ca peut laisser de la marge pour des objectifs supplémentaires. Dans tous les cas je recommande de prendre le boitier nu et de le compléter directement par un 18-135 f/3.5-5.6 , ou pourquoi pas un 17-55 f/2.8 certes lourd mais ultra qualitatif. Le successeur du 760D s’appelle… 77D (cherchez pas, Canon était cohérent jusque là, il fallait que ça change). Le 77D est encore mieux, mais ce qui m’embête c’est l’objectif du kit qui commence à être ridicule en terme d’ouverture (4.5 au grand angle !). Si vous choisissez le 77D prenez plutôt un autre objectif (là encore le 18-135 f/3.5-5.6 IS STM).
Pour pas beaucoup plus cher on peut monter en gamme et acheter un EOS 70D ou 80D (très proches, actuellement le 80D ne vaut pas le surcoût) et bientôt 90D. Le confort d’utilisation est énorme (joystick pour sélectionner les collimateurs autofocus par exemple), la qualité d’image parfaite. Par contre en vidéo il faudra vous contenter de fullHD comme avec tous ces boîtiers ! Par ailleurs si vous n’envisagez de partir qu’avec le zoom de base, genre 18-55… autant acheter un compact du type G1X mark III : même capteur et quasi les mêmes performances optiques… Tout l’intérêt d’un réflex sera d’aller chercher des optiques différentes !
Côté objectifs, je regrette vraiment que Canon n’ait pas plus d’objectifs de haute qualité spécifiques aux capteurs APS-C du genre un EF-S 15-70 f/4.0 IS STM ou quelque chose du genre, sans aucun compromis sur la qualité de l’image (netteté, aberrations chromatiques, distorsion…) et de fabrication (poids, taille la plus petite possible, solidité, confort d’utilisation…). Sony Olympus et Panasonic ont quelques objectifs comme ça, Canon non ! Un objectif de ce genre sur un boitier du type 80D mais sans le prisme et la visée reflex mais avec un viseur numérique comme sur un Sony A 6500, ça ferait un malheur !
Le 18-135 f/3.5-5.6 IS STM est l’objectif le plus logique même s’il ne fait pas bien rêver quand on voit les résultats : distorsion, aberrations chromatiques, netteté dans les coins…
Le 18-200 f/3.5-5.6 IS est tentant à première vue, mais le résultat est encore moins bon que le 18-135. Pourquoi choisir un capteur plus grand si c’est pour coller une optique moyenne dessus ? Le résultat est toujours limité par le maillon le plus faible. Sans compter que dans le cas du 18-200 le bruit généré par l’autofocus le rend quasi inutilisable en vidéo.
Le 15-85 f/3.5-5.6 IS USM est dans la même lignée que le 18-135 : on gagne un poil en grand angle ce qu’on perd en longue focale.
Choix cornélien ! En fait en dehors du 17-55 f/2.8 IS USM il n’y a rien que je trouve à la hauteur de la qualité des capteurs Canon… ah si, son équivalent chez Tamron, le 17-50 f/2.8 Di II VC qui est quasiment aussi bon, beaucoup moins cher et juste un peu moins bien construit et encore « 8mm » moins long.
Bon le problème c’est que du coup 50 ou 55 mm maxi (équivalent 88mm au maximum), c’est généralement un peu court en voyage ! Il faut donc impérativement le compléter par un zoom du type 70-200 f/4.0 L IS et là on a un duo d’une qualité phénoménale qui rend hommage aux boitiers.
Si vous ne pouvez vous offrir le 70-200 f/4.0, (ou que le poids vous rebute), de toute façon ayez à l’esprit que 80% de vos photos seront réalisées au 17-55, embarquez donc simplement avec un 55-250 f/4.0-5.6 STM, c’est étrangement un objectif plutôt très bon. Le poids et le prix ridicules font que c’est finalement dommage de passer à côté.
Dans tous les cas si vous choisissez un zoom à ouverture moyenne je vous recommande d’ajouter une focale fixe à grande ouverture. Un 50mm f/1.8 c’est de l’ordre de 100 euros. Même en craquant pour s’offrir un petit fixe stabilisé, c’est entre 200 et 500 euros. Rien à voir avec les 800 ou parfois plus de 1000 euros demandés par Sony. Partez avec le 35mm F/2.0 IS et vous avez un super objectif à tout faire (portraits larges, détails d’architecture proche, photos dans un resto…) utilisable à main levée à la tombée de la nuit sans flash et sans souci pour la vidéo. Il y a pléthore d’objectifs, tout est envisageable selon vos envies et types de voyages, pour un budget relativement contenu. Par contre Un EOS 80D plus un 17-55 f/2.8 + un 70-200 f/4.0 ça n’a plus rien à voir en terme de poids avec un Sony A6500 + un 18-135 … sans parler du prix qui revient en faveur du petit Sony… pas simple hein… disons qu’il faut toujours avoir à l’esprit que lorsqu’on cherche à monter en qualité tout doit suivre : aucun intérêt de coller un objectif moyen sur un boitier génial. C’est malheureusement ce que les fabricants ont tendance à faire dans leurs kits : tout le monde focalise sur les nouveautés du dernier boitier sorti, sans se rendre compte qu’avec un zoom pourri devant, ça ne fournira pas une meilleure image que le même genre d’objectif sur un boitier à capteur plus petit (type micro 4/3). C’est aussi pour ça que je parle assez peu de la qualité (aberrations chromatiques & co) sur les appareils les plus petits : on sait qu’on fait un compromis énorme sur la qualité, à tous les niveaux, et en conséquences on a un appareil léger peu encombrant et discret. Faire du « pixel peeping » (regarder les coins des images en détail à zoom 1:1 et comparer un objectif à 300 euros et un à 3000) n’a pas grand intérêt. Par contre quand on commence à prendre du matériel plus encombrant en se disant « j’accepte de porter ce surpoids car je veux une meilleure qualité » alors il devient pertinent de vérifier qu’on gagne réellement en qualité !

Pour retrouver un poids plus limité tout en conservant un capteur APS-C vous pouvez regarder du côté du Canon M5 dont j’ai déjà rapidement parlé. Je n’aime pas les M6/M6 mark II car il n’ont pas de viseur, ce qui est pour moi rédhibitoire sur cette gamme de produit. Le parc d’objectifs étant très limité, on peut l’envisager directement en kit avec le 18-150mm f/3.5-6.3 (équivalent 29-240mm) ce qui nous met un peu dans la configuration du G80+14-140 micro 4/3 mais avec un capteur plus grand. Ensuite pas d’objectif fixe stabilisé correct à se mettre sous la dent. Autre approche un combo 15-45mm (mais f/6.3 au bout d’un zoom si court c’est un peu n’importe quoi) et en complément un 55-200mm avec la même ouverture de f/4.5-6.3. On sent les compromis de partout.
On est en présence de la version APS-C de ce qu’on trouve habituellement en micro 4/3. Donc meilleure qualité d’image dans l’absolu, meilleure montée en iso… mais avec ce choix d’objectifs restreint (par exemple f/6.3 pour tout ce qui dépasse environ 60mm sur le 18-150mm) on ne va pas trop avoir l’occasion d’en profiter.
Monter des objectifs plus gros (EF-S / EF) nécessite une bague d’adaptation, mais on perd rapidement une bonne partie de l’intérêt du format réduit de l’appareil.
Côté vidéo on est très en retrait de ce que proposent Sony ou Panasonic : 1080p seulement. Et de manière générale le boitier n’a pas tous les raffinements et innovations qu’on retrouve sur ce que proposent les 2 marques précédentes qui ont maintenant bien plus d’expérience (et de générations d’appareils de ce genre) derrière elles ! Pas de stabilisation de capteur, pas de 4K, absence de certains réglages pointus, …
Malgré tout ça reste un appareil plutôt équilibré, c’est aussi une spécialité (assumée) de Canon et Nikon par exemple : jamais les premiers à innover (ils laissent les autres se casser les dents et dépenser des millions en recherche et développement en attendant que les technologies et le marché soient murs) mais quand ils sortent quelque chose ça fonctionne plutôt bien (le viseur par exemple est nickel alors qu’ils n’ont pas une grosse expérience dans ce domaine). Disons juste qu’en attendant le M5 mark II et quelques nouvelles optiques, c’est une gamme de produits dans laquelle pour l’instant j’éviterai d’investir… notamment parce que Canon a sorti une nouvelle monture (RF pour les boitiers fullframe, mais pas dit que ça le soit exclusivement) et on peut s’attendre à un abandon potentiellement rapide de la monture de la série M… l’avenir nous le dira, mais on sera bien plus rassuré avec les objectifs Sony APS-C !

Fullframe sinon rien ?

Forcément si on veut la qualité maximale (pour un amateur s’entend), la tentation du fullframe (capteur plein format) est grande. Si vous vous orientez dans cette direction, cela suppose à mon sens 2 points importants :
– le budget risque d’être conséquent si vous voulez voyager avec du matériel adapté à la majorité des situations rencontrées. On parle de boitiers entre 1500 et 4000 euros, d’objectifs qui sont plutôt situés autour de 1000 € que de 100…
– vous acceptez le poids et l’encombrement potentiellement important du matériel. Là où vous pouvez partir avec moins de 1 kilo de matériel en micro 4/3, ce kilo sera peut-être simplement le poids de votre boitier (5D mkIII = 950 grammes) ou d’un seul objectif en full frame (Sigma 24-105 f/4.0 = plus de 900 grammes avec le pare-soleil) !

Honnêtement c’est une direction à privilégier uniquement si vous êtes passionné de photographie ou que la qualité finale est vraiment importante pour vous, par exemple pour tirer à votre retour des agrandissements type 50x75cm. Sinon consacrez plutôt vos euros au voyage en lui-même.

Jusqu’à début 2018 faire des recommandations était compliqué : d’un côté les réflex traditionnels encombrants, de l’autre quelques ovnis chez Sony : compacts, ultra qualitatifs mais horriblement chers, avec une autonomie et une ergonomie catastrophique… Depuis, tout ça c’est du passé, et sincèrement en réflex plein format pour le voyage il n’y à même plus à réfléchir, une seule marque est réellement pertinente : Sony. Je précise que je n’ai aucun lien avec eux, aucun financement ou aucun don de matériel de leur part. C’est juste le fruit de mon expérience. Je recommande beaucoup de matériel Sony dans cette page, c’est simplement qu’à l’heure actuelle c’est eux qui dominent le sujet, comme a pu le faire Canon il y a 10 ans par exemple.

Donc si par le passé j’ai pu recommander du matériel Canon (6D par exemple), il n’a aujourd’hui plus aucune pertinence quand pour le même prix on peut acheter… un Sony A7 III (ou encore mieux, son grand frère le Sony A7RIII si on accepte d’allonger copieusement les euros) !
Et malgré l’arrivée de boitiers mirrorless Z6 et Z7 chez Nikon , le Canon R, RP ainsi que les Panasonic S1 et S1R, à l’heure actuelle ces derniers n’ont pas grand intérêt pour nos usages (prix, optiques, encombrement…) ou ne sont tout simplement pas encore disponibles ! Un Canon R + le 24-105 f/4.0 ça va être environ 3500 euros alors qu’on a mieux et moins cher chez Sony. Quand tout ça sera un peu tassé, que le boitier plus « grand public » Canon EOS RP sera massivement disponible et aura baissé en terme de prix , je pense que ce combo Canon (RP + 24-105 à moins de 2000 euros) pourrait être un excellent choix en terme de rapport qualité/prix, car moins cher que l’équivalent Sony, même si ce dernier est globalement un peu meilleur sur tout.

Ces Sony sont donc la 3è génération (et 4è en approche avec l’A7RIV) d’un petit boitier hybride (avec viseur électronique), capteur plein format, de 24 mégapixels pour le A7III et de de 42 mégapixels (et bientôt 61 !!!) pour le modèle R (R pour Résolution). Ce sont des boîtiers quasi parfaits (petits, légers, bien construits, bonne autonomies, stabilisation de capteur, recharge usb…). Concernant les tarifs, il faut compter 3000 euros pour le R ! L’A7 III est quand à lui disponible autour de 2200€.

La génération précédente (A7II et A7RII) sont assez proches mais avec une autonomie peu adaptée au voyage, il faut prévoir le stock de batterie. En pratique à tarif proche je recommanderai plutôt un A7III qu’un A7RII.

Le point très fort du choix d’un appareil de 42/61 mégapixels ça n’est pas d’avoir plus de mégapixels pour faire une meilleure photo, c’est surtout le fait de pouvoir recadrer très largement les images et donc éventuellement de se passer de focale longue. Le recadrage est possible dès la prise de vue via l’activation d’une option qui n’utilise que le centre de l’image et permet de sortir une image de 18 mégapixels avec un ratio de 1.5x (et bientôt 24 mégapixels sur l’A7RIV !). C’est à dire que vous pouvez transformer un 105mm en 157mm en un clic et malgré tout sortir une image de très bonne définition. Honnêtement, sauf à vouloir sortir des photos imprimables en 50x70cm, on peut même se permettre de doubler les focales optiques tout en conservant des images de 10.5 mégapixels, ce qui correspond à un plein écran sur une télé ou un écran 4K qui sera probablement le meilleur support sur lequel vous verrez vos photos durant quelques années ! Bref, plutôt que de partir avec un boitier micro 4/3 de 16 mégapixels et des petits objectifs on peut partir avec quasiment la même chose en full frame, avoir ces mêmes résolutions un peu limite (10-18 mégapixels) à bout de zoom… mais faire des paysages magnifiques au grand angle avec 42 mégapixels effectifs. Le meilleur des deux mondes. En vidéo, si on envisage un montage final en fullHD, ce ratio de 1.5 peut venir se greffer à une prise de vue ponctuelle en 4K pour, par exemple transformer un 105mm en 315mm !! (le premier crop de 1.5 transforme le 105 en 157mm, puis ensuite on n’utilise que la partie centrale du fichier 4K pour encore doubler ça). Très pratique.

A l’heure du choix entre version R ou non, outre le prix et ces fonctions de crop, il faut juste savoir que si vous shootez en format RAW (ce que je vous recommande sur ce type de matériel), vous serez obligés de générer systématiquement des fichiers pleine définition, donc de 42 mégapixels dans le cas du R… Ce qui se traduit par un poids autour de 42 Mo par photo… prévoir le stockage adapté derrière (disque dur externe de très grosse capacité recommandé) et ordinateur véloce pour les traiter ensuite.

Côté objectifs, le seul objectif à recommander c’est le récent 24-105 f/4.0 : large range, stabilisation, qualité optique exceptionnelle pour un tel zoom… il est cher mais c’est justifié ! En comparaison le 24-70 f/4.0. est très moyen, pas vraiment adapté ni à ce genre de boitier ultra qualitatif, ni au voyage en raison de son range limité. Honnêtement pour un voyage type rando à pied ou à vélo, ce 24-105 est probablement le seul objectif dont vous ayez réellement besoin. Sur l’A7RIII vous n’aurez même jamais vraiment besoin de plus long vu les possibilités de recadrage offertes par le capteur de 42 mégapixels.
Tamron a sorti un 28-75 f/2.8, l’ouverture de 2.8 est appréciable, mais à choisir, pour le voyage, on préfèrera le range plus important aux 2 extrémités (24mm vs 28 notamment) plutôt que la grande ouverture moins vitale.

Si vous êtes plus orientés paysages que « tout venant » vous pouvez préférer le 16-35 f/4.0 (ou le f/2.8 pas beaucoup plus gros/lourd… mais bien plus cher et qualitatif) à la place et le compléter par un 70-200 ou quelque chose du genre. Le « trou » entre 35 et 70 n’est pas forcément problématique et surtout sur l’A7RIII vous pouvez transformer votre 16-35 en 24-52mm de 18 mégapixels, pratique ! En longue focale pas beaucoup de choix en dehors du 70-200 f/4.0. Ce qui me dérange dans ce choix, c’est que d’un côté on a gagné en poids/encombrement par rapport à ce que font les traditionnels Canon/Nikon, mais de l’autre le 70-200 f/4.0 stabilisé fait 840g là où celui de Canon ne fait que 760 grammes !!! Du coup quitte à vouloir plus long, autant envisager le très correct 70-300 f/4.5-5.6. On perd en ouverture mais on gagne en longueur focale sans toucher au poids (850 grammes).
Toujours si vous envisagez le « R », en complément d’un 16-35, plutôt qu’un zoom type 70-200, une simple focale fixe telle que l’excellent 85mm f/1.8 peut vous fournir une image suffisamment détaillée pour être certes un 85mm mais aussi un 170mm de 10.5 mégapixels lorsque vous voulez faire un gros plan d’un objet ou une situation lointaine. Pour finir sur ce « R », une autre approche, un peu étrange mais qui fonctionne plutôt bien, c’est de monter un objectif… Canon (!) prévu pour les boitiers APS-C (!) : Un 55-250 f/4.0-5.6 EFS (équivalent 82-375mm) sur une bague d’adaptation Sigma MC-11 pour un total d’à peine plus de 550 grammes. Comme dit plus haut cet objectif est très correct, léger et à un excellent tarif. Il faut un peu de bricolage sur la bague (démonter un cache en plastique via 4 vis) pour accepter les objectifs EF-S mais c’est l’affaire de 5 minutes avec les bons tournevis cruciformes (impératif, il s’ajit de JIS 0 ou 00 et pas de n’importe quel tournevis cruciforme !). On sera donc limité à 18 mégapixels en APS-C, mais pour des vues lointaines ça n’est pas forcément un problème, on peu largement zoomer pour compenser le manque de possibilité de recadrage ultérieur.

On pourrait également être tenté par le 24-240 f/3.5-6.3. Un objectif plein de compromis mais pas catastrophique. Pour 780 grammes c’est un peu la version « fullframe » du 14-140 de chez Panasonic (mais f/6.3 en position télé ça commence à faire trou de serrure). Autant sur un boitier micro 4/3 à moins de 1000 euros ça ne me choque pas, autant sur un capteur fullframe je trouve ça un peu dommage: est-ce vraiment bien nécessaire de s’embêter avec un boitier plein format si c’est pour lui coller ce genre d’objectif. La limite de qualité sera imposée par la faible qualité de l’objectif, quelle que soit celle du capteur derrière ! Néanmoins si on accepte de fermer cet objectif à f/8.0 la plupart du temps, les résultats seront tout à fait corrects entre 24 et 100mm. Au delà ça s’effondre petit à petit et les coins à 240mm sont globalement mauvais… mais c’est une situation extrême malgré tout. A 24mm il y a pas mal de distorsion mais c’est relativement bien corrigé numériquement par le boitier. Bref un choix tout à fait possible, mais à faire en connaissance de cause.

Bon alors prenons un petit 50mm fixe lumineux pour compléter… bougez pas, il y a quoi chez Sony ? Ah j’ai trouvé : un chouette 55mm f/1.8. Ca doit valoir une centaine d’euros comme chez Canon et Nikon ça… ah non en fait c’est plutôt 900 !!! Sony sérieusement (bon ok c’est un objectif qui est dans le top 5 des objectifs les plus piqués de tous les temps) ?!? Sinon ils font aussi un 50 mm f/1.4 à … 1730 euros… Celui de Canon est à moins de 350 euros (et il n’est pas 7 fois moins bien très loin de là) ! Ah pardon en fait ils en ont aussi un autre, un 50 mm f/1.8 « du pauvre »… compter 300 euros quand même pour un objectif d’un autre âge (autofocus moyen, bruyant en vidéo, objectif très mou à pleine ouverture… à côté celui de Canon fait luxueux pour 3 fois moins cher !).
Un autre objectif sympa c’est le Sony Zeiss 35mm f/2.8. Un peu cher pour ce que c’est, ouvrant à « seulement » f/2.8 (et pas f/2.0 ou f/1.8 par exemple) mais avec un encombrement ultra réduit, ce qui peut permettre de gagner un diaphragme par rapport au zoom f/4.0 mais surtout d’avoir un appareil photo ultra discret, qui tient dans une grande poche et facile à sortir sans intimider son entourage. Très pratique en intérieur, le soir, dans un resto, ou toute autre situation où on préfère éviter de passer pour un touriste.
Un 35mm f/1.8 est également sorti, piqué exemplaire, dans la lignée du 85mm f/1.8.

La magie de Sony c’est aussi de permettre l’utilisation de plein d’objectifs manuels de toutes marques. Pour des paysages cadrés très larges on pourrait par exemple compléter le 24-105 par un petit Voigtländer 15mm f/4.5 (disponible en monture Leica M et on ajoute une bague d’adaptation ou directement en monture Sony). C’est du tout manuel, pas d’autofocus, ce qui n’est pas trop problématique sur ce genre de focale, mais l’encombrement et le poids mini en font un compagnon de voyage parfait. Il vignette pas mal mais ça se retouche facilement (le profil est d’ailleurs déjà intégré dans Lightroom). Il existe vraiment toute une palanquée d’objectifs manuels adaptables sur les boitiers Sony : un Zeiss Loxia 21mm f/2.8 (exceptionnel pour le paysage) en monture native… un Voigtländer 21mm f/3.5 ou un Voigtländer 40mm f/1.2 ou… bref, l’embarras du choix.
Même chose à l’autre bout du spectre, pour compléter un zoom un peu court, on peut ajouter un antique Olympus Zuiko 200mm f/5.0 ou un Canon FD 200mm f/4.0… vous trouverez tout ça pour quelques dizaines d’euros (plus une bague d’adaptation) sur eBay.

Voilà pour le plein format, à ne choisir à mon avis que si on est prêt à mettre un ou des objectifs de qualité dessus sous peine de voir tout l’intérêt de ce format perdu dans les flous générés par les mauvais cailloux !
Comme je le disais plus haut, la majorité des réflex traditionnels (Canon, Nikon) n’a désormais quasiment plus le moindre intérêt pour le voyage tant il est possible d’obtenir des résultats ultra qualitatifs avec les petits boitiers/objectifs proposés par Sony et le Canon RP !
Ah si… le prix… les réflex traditionnels plein format ont l’avantage d’avoir vraiment baissé, on peut donc s’offrir plus facilement un EOS 6D, un Nikon D750 avec un objectif du type 24-105 ou 24-120 autour de 1800 euros… et je ne vous parle même pas du marché de l’occasion.

canon 5D et 70-200-f/4.0 dans une sacoche de guidon Ortlieb... ça ne tient pas... et je n'ai pas mis le pare-soleil !

canon 5D et 70-200-f/4.0 dans une sacoche de guidon Ortlieb… ça ne tient pas… et je n’ai pas mis le pare-soleil !

Questions diverses

Quand on cherche l’ultra qualité, est-ce « capteur plein format » (full-frame) impératif ?
Impératif je ne sais pas, mais disons que c’est le choix le plus pertinent. Ensuite il faut bien avoir à l’esprit le prix et le surpoids (par rapport à un équivalent micro 4/3 par exemple) qui vont avec un tel choix.
Ensuite chacun a un seuil de « c’est déjà largement suffisant ». Si vous visualisez vos photos sur une télévision fullHD ou un écran d’ordinateur portable, il n’y a pas grand intérêt à choisir un boitier de 42 mégapixels à 3500 euros et des objectifs à 2000 euros dessus. Notamment pour tout ce qui est prise de vue en extérieur, un capteur APS-C correct avec un très bon objectif devant fourniront des images exceptionnelles. En intérieur on apprécie le gain de dynamique et la réduction apportée par un capteur plein format, mais c’est aussi quelque chose qu’on peut compenser en mettant par exemple sur un boitier micro 4/3 un objectif très ouvert. Par exemple un 42.5mm f/0.95 sur un boitier micro 4/3 peut apporter des résultats excellents permettant de limiter le besoin de monter en iso sur ce genre de petit capteur… mais il faut accepter alors de multiplier un peu les objectifs plutôt que d’être l’esprit plus léger avec un capteur plein format et un bête zoom f/4.0 stabilisé qui même en intérieur à 12800 iso fournira un résultat nickel.
Un élément aussi important des capteurs plein formats, c’est la dynamique, c’est-à-dire la capacité à encaisser des écarts entre les zones très claires et très sombre tout en conservant le maximum de détails. Sur un jpeg ça n’est pas forcément très visible, sauf à utiliser les fonctions de « DRO » (dynamic range optimization) qui vont atténuer les zones claires et déboucher les ombres ; mais c’est surtout en RAW qu’on découvre les possibilités de sauver des photos un peu bâclées à la prise de vue (contre-jour par exemple) ou tout simplement d’optimiser des images prises dans des conditions délicates. Là dessus les capteurs Sony plein format sont juste hallucinants, avec des capacité de retrouver des détails dans des zones sombres qui apparaissent quasiment totalement noires au départ !

Ne partir qu’avec des focales fixes ?
Je suis un grand fan de focales fixes, je n’utilise quasiment que ça dans ma pratique professionnelle. Néanmoins à l’heure du voyage j’y vois de nombreux problèmes, changer de focale est une nécessité permanente, on arrive face à un nouveau paysage, on veut le photographier en plan large pour le contexte, puis zoomer souvent assez fortement sur un détail qui a attiré notre attention sans pouvoir s’approcher physiquement (inaccessible en vélo par exemple). Lors du tour d’Europe j’ai fait des photos (et des vidéos) en roulant, sans m’arrêter, en réglant la focale du zoom dans la sacoche de guidon, d’une main, avant de le prendre d’une main assurée et de déclencher (vive l’autofocus). Par contre changer un objectif en roulant heu… La poussière est aussi un autre problème. Pour faire simple, moins vous changerez souvent d’objectif mieux votre appareil se portera. Le 14-140 du GH2 (équivalent 28-280 pour rappel) était vraiment parfait pour ça. 280 ça fait long, mais du coup c’était confortable. Enfin en vidéo, un petit coup de zoom c’est toujours appréciable pour focaliser sur un détail ou coup de dézoom là encore pour montrer le contexte. Ca se fait en 1 seconde avec un zoom. Pour faire ça avec des focales fixes, il faut faire 2 prises de vue séparées en changeant d’objectif entre chaque. C’est possible mais autrement plus compliqué. Enfin dernier point, les focales fixes ne sont généralement pas stabilisées (mais il y a des exceptions). Si vous optez pour un boitier dont le capteur n’est pas stabilisé lui non plus, l’usage en vidéo sera quasiment impossible. Ca tressaute de partout et qui a envie de faire 100% de ses plans sur trépied en voyage ?
Après si changer en permanence d’objectif ne vous dérange pas et surtout si vous recherchez la meilleure qualité optique possible… alors oui c’est tout à fait possible. J’aurai tendance à privilégier des optiques compactes afin d’être sûr de les avoir en permanence sous la main (dans la sacoche de guidon sur un vélo par exemple). Si vous avez 1 objectif sur le boitier et le reste au fin fond d’un sac, soyez sûr que ces objectifs ne verront que peu la lumière. Du coup mon choix irait vers les petits objectifs de très haute qualité Leica micro 4/3 (ou ceux d’Olympus/Panasonic) sur le Panasonic G80, ou Zeiss chez Sony sur le A6500 ou pourquoi pas le A7R II. En fait tout dépend vraiment de l’approche que vous avez vis à vis de la photographie. Disons que d’une manière générale, la focale fixe est le meilleur moyen d’exploiter au maximum la qualité du capteur qui est derrière. Hors situations de faible luminosité il est généralement plus pertinent (surtout en voyage) de privilégier un capteur un peu plus petit (aps-c vs fullframe / micro 4/3 vs aps-c…) mais avec quelques focales fixes de qualité plutôt qu’un super grand capteur avec un zoom moyen devant. Au final c’est plus encombrant, plus lourd, souvent plus cher et pour un résultat pas meilleur.
Comme la plage de 24 à 85 mm représente la très grande majorité des photos, il est pertinent de choisir des objectifs de qualité sur cette plage. Sur la plage > 85 on peut éventuellement faire des compromis. Par exemple partir avec un 24mm (paysages larges, intérieur avec peu de recul), un 50mm (bon à tout faire : portraits en situation, détails accessibles) et enfin quelque chose comme un 85 ou 105 ou 135mm (portraits plus loin, détails moins accessibles…). On peut s’arrêter là ou choisir 24+50 en fixe et compléter avec un petit zoom télé type 70-200 ou 100-300 même s’il n’est pas parfait. Le 85/105/135 fixe correctement utilisé fournira une image super piquée dans laquelle on pourra recadrer assez sévèrement si le boitier à des mégapixels à revendre mais parfois on peut vouloir aller un peu plus loin, surtout en vidéo si où recadrer est plus compliqué.

De quelles focales a t’on réellement besoin ?
J’avais une idée assez arrêtée avant de partir, mais quoi de plus objectif (haha) que de sortir les statistique des focales que j’ai le plus utilisées lors de notre Tour d’Europe. Sur les 7417 photos que j’ai gardées (sur plus de 18 000 prises) voilà la répartition :

Répartition des focales utilisées lors de notre tour d’Europe (cliquable). C’est au GH2 donc il faut multiplier par 2 pour avoir l’équivalent plein format.

Vous pouvez faire votre propre base avec votre base Lightroom (si vous utilisez ce programme) ici : https://www.lightroomdashboard.com/
Nota : pour faire les statistiques sur une sélection de photos (ici notre tour d’Europe et pas 100% de nos photos) il faut sélectionner les photos concernées et choisir « fichier » – « exporter en tant que catalogue » et transmettre ce catalogue là à lightroomdashboard. Même dans lightroom via le panneau « métadonnées » on peut afficher les focales utilisées et faire rapidement des statistiques en sortant sa calculette.

Ce qui ressort :
– la très grosse majorité (3100) sont faites à la plus courte focale (équivalent 28mm). Il s’agit de tous les paysages, intérieurs, photos en ville, photos à une table, … où on cherche avant tout à montrer l’ambiance, le lieu, ce qu’on voit autour de soi.
– En second : équivalent 64mm (32 sur le graphe) Honnêtement c’est une surprise, je m’attendais un peu plus à un équivalent 50mm (25 sur le graphe) mais il n’est pas loin non plus. Il s’agit de toutes les photos montrant quelque chose de précis accessible à distance humaine. On sort de la boulangerie avec un pain au chocolat tout frais : il sera pris avec cet équivalent 64mm ! Un détail sur le vélo, un détail d’architecture (une statue par ex), un panneau, une assiette…
– Pas loin derrière on a donc l’équivalent 50mm, pour des plans finalement assez proches de ceux faits à 64. On pourrait presque les regrouper et considérer 50+64 comme une seconde position très nette. Disons qu’il n’y a pas de photo que j’aurai loupées si je n’avais eu qu’un 50 au lieu d’un 64 ou inversement.
– Les plans à 82mm (41 sur le graphe) sont un peu différents, il s’agit :
* soit d’objets plus petits pour lesquels il faut s’approcher et cadrer plus serré. On reste encore énormément sur des détails accessibles à pied. Peu de paysages, plutôt des détails culinaires, …
*soit de détails type architecture en ville, un peu plus loin et moins accessibles.
Dans les deux cas le ressenti que ça me donne c’est « j’aurai pu faire ça au 50mm mais le sujet aurait été perdu dans son environnement, il aurait forcément fallu recadrer la photo au retour ».
– Ensuite, le pic suivant est clairement à 280mm, au bout du zoom. Ca c’est intéressant. Même s’il y a un effet de butée (on fera plus de photos à 280 mm qu’à 262 mm même si cadrage est quasi identique), ça me laisse cette impression de « de toute façon on n’aura jamais de téléobjectif assez long. » Mais quand je regarde les images ça ne transparait pas tellement, les photos semblent cohérentes, cadrées correctement et ne m’évoquent pas l’envie de toutes les recadrer. C’est sûr que si j’avais eu un 14-200 le pic serait aussi à l’extrémité (200 équivalent 400mm) et le ressenti probablement identique. Les photos sont typiquement des animaux dans la nature, des détails de paysages ou de ville totalement inaccessibles (trop haut, trop loin)… mais aussi des plans « macro » car c’était là que l’objectif avait son plus gros pouvoir grossissant et des plans dont le but était de détacher un détail sur l’arrière plan (malgré l’ouverture étriquée). Ces 2 derniers cas peuvent donc être compensés par un objectif totalement différent.
– Le reste est assez insignifiant.
Qu’en ressortir ? Dans un monde de focales fixes, hors voyage et en ne prenant que la photo en compte, le choix serait assez vite plié : un 24 ou 28mm, un 50mm, un 85mm et un 200mm ou 300 fixe. Dans le contexte du voyage c’est très différent. D’abord la majorité de mes photos à un équivalent de 28mm sont adossées à des photos à des focales différentes : c’est l’effet « photo pour situer le contexte et plan serré sur des détails » dont j’ai déjà parlé. Si vous avez besoin de 2 objectifs différents pour faire une photo à 28mm et une autre à 85 par exemple, sachez qu’en voyage vous allez passer votre temps à changer d’objectif ! En tout cas il ressort que le range 28-100 mm représente 77% de mes photos (5712 photos sur mes 7417). Ca peut donner de bonnes indications lors du choix d’un zoom. Avoir un 24 au lieu d’un 28 serait aussi quelque chose d’appréciable quand on peut, car dans pas mal de situations le recul est faible, ou plus simplement « on cherche à montrer le maximum en une image » et qu’il est souvent plus simple de recadrer un peu plus serré à postériori que de reculer quand on est déjà dos à un mur.

Pour le choix d’une focale fixe à grande ouverture je voulais faire les statistiques de mes photos prises à 1600 iso et plus mais le résultat n’est finalement pas totalement pertinent, je vous en reparle plus bas.

Et les grandes ouvertures, entre f/1.8 f/1.4 ou même f/1.2 ça à son importance ?
Dans l’absolu bien sûr, un peu de lecture sur le sujet ici. Mais en photo de voyage, je dirais qu’on s’en fiche un peu. Entre 1.4 et 1.8 il n’y a moins d’un diaphragme d’écart, alors on peut gagner un peu en luminosité mais le plus gros du saut a été fait en passant d’un zoom moyen (genre qui ouvre à f/5.6 à un équivalent 50mm) à son pendant fixe qui ouvre par exemple à f/1.8 (plus de 3 diaphragmes d’écart). Le reste n’est que détail en comparaison. Dans le monde des réflex (APS-C, fullframe) ce qui change généralement c’est que les très très grandes ouvertures (f/1.2 par exemple) sont intégrées dans des objectifs de très bonne qualité optique, avec une construction aux petits oignons, et un prix et un poids très élevés. Dans notre recherche des meilleurs compromis ça n’a pas trop sa place à mon avis.
Le choix de la plus grande ouverture possible prend son sens lorsqu’on s’oriente vers des capteurs très petits (micro 4/3 par exemple), car cela permet de limiter la montée en iso en intérieur ou le soir, car ces petits capteurs montrent très vite beaucoup de bruit (grain) et généralement il vaut mieux éviter de dépasser 3200 iso. En comparaison en fullframe, on sort des photos tout à fait correctes à 12800 iso ! Donc là où par exemple vous êtes à 1/60è de seconde f/2 12800 ISO en fullframe, pour assurer une photo correcte en micro 4/3 il faudrait un objectif ouvrant à f/1.0 pour pouvoir redescendre à 3200 ISO sans augmenter le temps de pause (sinon risque de flou de bougé du sujet et/ou du photographe). Ça existe, par exemple comme on l’a vu il existe un Nokton 42.5 f/0.95. Mais ça n’est ni bon marché ni léger.

En vidéo la 4K ça sert vraiment à quelque chose ?
L’idée derrière la 4K (actuellement) ça n’est pas de forcément de fournir des vidéos à regarder en 4K (peu ont l’écran qui permet d’en profiter), mais surtout d’avoir la possibilité de :
1/ stabiliser logiciellement les vidéos sans perte de qualité lors de l’export final du montage en 1080p (full HD)
2/ pouvoir recadrer sérieusement dans l’image sans perte de qualité (notamment si on a un zoom un peu court). Soit en post traitement, soit certains appareils (Sony notamment) ont carrément des modes pour filmer en full HD (1080p) en permettant de choisir entre utiliser l’intégralité du capteur ou seulement le centre de l’image seulement. C’est pratique car on peut ainsi « zoomer » quasiment sans perte de qualité et ce même avec une focale fixe. Un 85mm peut devenir un 170mm par exemple en quelques clics.
3/ pouvoir effectuer des mouvements fluides logiciellement, par exemple un panoramique (pivoter horizontalement) de la partie de gauche vers la partie de droite de la vidéo, tout ça à partir d’un plan fixe large, en quelques clics dans un logiciel de montage.
A la prise de vue les fichiers en 4K sont énormes ce qui n’est pas très pratique en voyage, mais on a désormais des disques durs 2,5 pouces usb de 2, 3 et même 4 To, on peut vider ses cartes mémoires en cours de route sans souci. Par ailleurs l’idée n’est pas forcément de shooter tout en 4K mais seulement les plans où vous vous dites que ça aura probablement un intérêt au montage.
Si vous n’avez aucune envie de faire un montage à votre retour, alors clairement la 4K n’a aucun intérêt pour vous !

Et toi si tu devais choisir tu prendrais lequel ?
Sincèrement mes attentes ne sont pas forcément les vôtres. Je fais partie des ultra exigeants, comme je l’ai évoqué plus haut, j’utilise à titre professionnel à peu près ce qui se fait de plus qualitatif en terme de rendu photographique. Donc à côté tout est terne et les compromis sont très difficiles. Le G7X est ce qui se fait de mieux en terme d’appareil vraiment compact (super objectif à grande ouverture, capteur le plus grand du marché…) mais quand je vois les sorties que j’ai pu faire avec d’un côté le compact et de l’autre le réflex et une focale fixe haut de gamme, les images du compact sont molles, les couleurs fadasses dès qu’on dépasse 1600 iso, les rendus dans les angles minables… mais traitées correctement et vues sur un écran d’ordinateur portable la différence disparait quasi totalement. Tout dépend de ce qu’on veut faire de ces images. Je ne ferais pas un tirage 60x90cm avec des photos du G7X !
J’ai aussi beaucoup d’exigences en terme de vidéo. Certains reviennent de voyage avec une trentaine de petits .MP4 dans un dossier et les laissent dans un coin, moi je fais plus partie de ceux qui passeront des dizaines d’heures à peaufiner un montage vidéo. Donc la qualité des vidéos à toute son importance : stabilité, qualité du son, choix du nombre d’images par seconde pour faire de beaux ralentis… tout ça à son importance.

Du coup mon choix c’est clairement un boitier fullframe compact, un A7RIII. Côté objectifs, pour repartir à vélo ça serait probablement 24-105 f/4.0 et rien d’autre.
En version un peu moins compacte et sans trop se préoccuper du prix ça serait A7RIII + 16-35 f/2.8 + 85mm f/1.8 ou le zoom Canon 55-250 dont je parle plus haut.
Le 16-35 est parfait pour tout ce qui est paysage, la possibilité d’en faire un 24-52 très passe partout est appréciable, et f/2.8 pour une utilisation aussi bien en intérieur qu’en extérieur. Le f/4.0 serait néanmoins suffisant pour la majeure partie des situations. A côté le 85mm serait en quelque sorte mon petit télé-zoom. C’est un objectif qui pique vraiment très fort, donc on peut recadrer sévèrement dans les 42 mégapixels tout en conservant une qualité exemplaire.

Si mon budget ne me permettait pas de m’offrir du fullframe, j’irai probablement sur un Sony A6400 + 18-135 f/3.5-5.6. Le micro 4/3 me laisse trop sur ma faim en terme de rendu photo pur et dur et du coup l’APS-C me parait le plus pertinent, surtout quand on arrive à se procurer ce combo pour autour de 1000 euros. 18mm ça fait un équivalent 27mm, ce qui est un peu long pour mon goût personnel (je préfère plus large en général), mais c’est malgré tout le « passe partout » appréciable qu’on cherche en rando. Ca signifierait probablement plus de panoramiques par assemblages (3-4 photos verticales assemblées au retour dans Lightroom). Le nouveau 16-55 f/2.8 sur un A6600 serait également probablement un choix que j’envisagerai, mais en terme de prix on retombe trop sur ce qu’on a en plein format donc ça perd beaucoup d’intérêt.

Étant équipé de matériel Canon, j’ai bien fait le tour de tout ce qu’on pouvait trouver chez eux, mais rien ne me convainc plus trop en terme de réflex… et l’EOS R/RP est trop immature par rapport à ce que propose Sony.

Enfin pour me faire réfléchir j’ai souvent cette photos sous les yeux, elle m’aide à me rappeler que les boitiers compacts du type micro 4/3 et APS-C ont quand même de sérieux avantages en voyage !

Panasonic GH2 (micro 4/3)+ 14-140 vs Canon 40D (APS-C) + 17-55 f/2.8. 900g vs 1.6 kg !

Un site sympa pour comparer les tailles des appareils photo : https://camerasize.com/compact/

Et le son dans tout ça ?
Dans mon premier billet de 2010, j’évoquais qu’un des éléments cruciaux en vidéo c’est la qualité sonore. Honnêtement, sortis de la boîte tous les appareils photos qui font de la vidéo ont une qualité sonore très moyenne. Le Panasonic G80 est réputé pour ne pas être terrible, nombreux sont les appareils encore en mono… Faut-il pour autant envisager le micro dédié, sur la griffe flash ? Sincèrement pour le voyage je pense que l’encombrement n’en vaut pas la peine (le système ne tiendra jamais monté dans une sacoche de guidon par exemple) et qu’il faut avant tout chercher à protéger le ou les micro existants. Le plus simple est d’acheter des mini bonnettes comme celles-ci proposées par Rycote. Si vous voulez aller plus loin, vous pouvez jeter votre dévolu sur un petit enregistreur audio du type Zoom H1. Prenez impérativement une bonnette anti-vent adaptée, par exemple celle là et vous aurez alors un outil parfait pour enregistrer des petits bouts de son pour enrichir votre montage au retour. Ca va de la discussion tranquille aux concerts et autres musiques de rue en passant par tous les petits bruits que vous pourrez capter pendant le voyage (ambiance dans la rue, animaux, mer, …). Les autres approches sont d’utiliser un smartphone avec un micro branché dessus, par exemple un Rode Videomic Me, mais il est mono et pour le coup au même prix je préfère un Rode Videomicro qui pourra aussi bien se brancher sur votre appareil photo de temps en temps (s’il est muni d’une prise micro) ou sur votre smartphone avec un petit câble adaptateur. Disons que l’enregistreur séparé (type Zoom H1) a l’avantage de pouvoir trainer dans un coin de sacoche ou de poche et d’être sorti en une seconde pour enregistrer discrètement et à l’improviste, là où toute installation plus compliquée risque de ne jamais être utilisée.

Pourquoi ne pas parler de l’appareil X de la marque Y ?
Je n’ai pas étudié en détail 100% du marché (mais pas loin), ça serait compliqué, mais je pense avoir fait un tour d’horizon de ce qui est pertinent par rapport au besoin initial. De toute façon les bons appareils photo/vidéo on en entend rapidement parler, les autres ne percent pas, non pas parce que la marque n’a pas le budget communication, mais parce que généralement ils ont au moins un énorme défaut rédhibitoire (qui peut simplement être le fait qu’un concurrent fait déjà mieux pour moins cher) qui fait que rapidement après leur annonce on n’en entend plus parler.
J’ai donc exclu tous les compacts qui n’ont pas un capteur d’au moins 1 pouce (qualité d’image trop faible) et quasiment tous les boitiers full-frame (trop lourds/encombrants/chers). Pas d’Olympus (en retard sur Panasonic en vidéo. Par rapport à nos besoins, à budget égal c’est toujours mieux chez Pana, seul le OM-D E-M1 mark II a des specs intéressantes mais 2000€ pour un boitier micro 4/3 heu…) ou d’autres marques exotiques (il faut aussi penser qu’en voyage vous pouvez tomber sur un os, et devoir remplacer un objectif Samsung dans une petite ville d’Europe de l’est ou à l’autre bout du monde sera probablement un peu plus compliqué qu’un Panasonic ou un Canon).
Je ne parle peu de Nikon parce que leur gamme est sensiblement identique à Canon et que je connais beaucoup mieux Canon. Globalement en terme de vidéo Canon est devant Nikon (autofocus notamment), donc pas de raison de privilégier Nikon.
A côté de ça, Nikon a tout autant foiré ses petits formats que Canon donc hors réflex ils n’ont aucun intérêt. Mais si vous avez déjà du matériel Nikon creusez les possibilités de ce côté là avec les derniers mirrorless (Z6/Z7).
J’ai exclu tous les appareils à objectif fixe et focale fixe (Sony RX1, Fuji X-100F, Leica Q, Ricoh GR…) : jolis mais je les trouve un peu inadaptés au voyage et à la vidéo, même si le Leica Q a des avantages… (prévisualisation des 3 focales courantes : 28-35-50 et prise de vue « croppée »). Mais avec seulement 24 mégapixels, c’est trop peu pour être réellement polyvalent. Avec un capteur de 47 mégapixels le Leica Q2 répond mieux à cette problématique et permet des recadrages assez sympathiques (jusqu’à 75mm avec 6,6 mégapixels)… mais vu le tarif, autant partir sur un A7RIII ou IV et un 28 f/2.0… et pourquoi pas un 85 f/1.8 ! Les autres (Sony RX1, Fuji X-100F…) ayant un équivalent 35mm, c’est à mon sens une focale trop longue pour le paysage, la visite des villes…
Exclu aussi tous les smartphones : franchement ils remplacent désormais tous les compacts à capteur inférieur à 1 pouce. Certains modèles (Huawei P30 Pro par ex) commencent même à avoir un zoom digne de ce nom. En vidéo ils sont généralement meilleurs que tous les compacts (stabilisation très performante). Mais ne partir qu’avec un smartphone pour un projet du type « une fois dans sa vie » et louper une bonne partie de ses photos en intérieur ou le soir (faible sensibilité, grain) c’est un peu idiot. Je trouve aussi que tous ces appareils manquent de subtilité dans les couleurs et de dynamique face à des situations complexes, typiquement autour des levers et couchers de soleil. N’empêche que les derniers appareils Samsung, Apple et Huawei sont un excellent plan B en cas de pépin sur l’appareil principal, voir second appareil photo/vidéo (étanche, discret, …). Si vous êtes peu intéressés par la vidéo de manière générale, les faire avec un smartphone peut être un choix pertinent pour vous focaliser sur du matériel photo uniquement dédié à la photo (pas forcément besoin de stabilisation, possibilité d’utiliser certains appareils plus anciens/moins chers peu taillés pour la vidéo…)
Sinon de manière spécifique :
Panasonic GH5/GH5s : trop cher, trop gros. Apport limité par rapport au G80 pour le voyage.
Panasonic GX80 : je ne me souviens plus des détails mais le G80 est mieux (l’écran orientable, les molettes, la protection contre les intempéries notamment). Mais le GX80 est un peu plus petit c’est sûr.
Série des Panasonic GM, GF, G… : pas de viseur, trop incomplet, trop vieux, trop peu autonome… ce genre de choses qui font qu’il y a d’autres meilleurs options plus cohérentes.
Panasonic S1. Même chose : c’est un magnifique boitier fullframe, mais trop gros, trop cher, trop peu d’optiques. On cherche du compact et léger en voyage ! le boîtier fait plus d’un kilo !
Canon 7D : trop lourd, trop cher par rapport à un 70/80/90D. Les apports sont sans intérêt pour la photo de voyage.
Canon 100D : conception trop ancienne, trop à la ramasse sur tout (notamment la vidéo), confort d’utilisation très moyen (correcteur d’exposition…).
Toute la gamme fullframe Canon et Nikon : trop lourd et/ou trop cher (pour le voyage) par rapport au matos Sony.

Tu ne parles pas de tel ou tel point hyper important, pourquoi ?
Il y a des dizaines de points importants pour le choix d’un appareil, mais certains sont importants pour vous là où d’autres s’en fichent. L’écran orientable, la 4K, la prise micro, la protection contre les intempéries … ça sera des points à prendre en compte en fonction de vos attentes. Parfois on accepte un compromis (tant pis pour l’écran pas orientable, tant qu’il y a un viseur) parfois un point est critique (autonomie par exemple). A partir des fiches techniques à vous d’orienter un choix dans une direction plus qu’une autre.
Si votre priorité est la photo et l’autonomie ce n’est pas vers le Sony A6500 que vous vous tournerez, par contre un 77D ou un 70D sera probablement plus adapté. A l’inverse si vous voulez impérativement tourner vos vidéos en 4K pour pouvoir les stabiliser et recadrer massivement lors du montage, oubliez tout le matériel Canon… et prévoyez des batteries en rab pour votre Sony 🙂

Tu parles souvent de prendre au moins une focale fixe à grande ouverture pour compléter un zoom à ouverture moyenne, mais quelle focale choisir ?
En voyage les problèmes de faible luminosité se posent généralement de 2 manières : dans les lieux sombres qu’on visite et le soir si l’on passe de bons moments avec des gens. Pour les lieux sombres (de jour ou le soir d’ailleurs), on dispose de pas mal de solutions pour contourner le problème. Un monument ne bouge pas, donc pas de souci pour faire une photo dans une église à un équivalent de 24mm f/4.5 et un temps de pose de l’ordre de 1/8è de seconde avec un zoom et/ou appareil stabilisé. On peut également trouver un endroit pour s’appuyer ou sortir un petit trépied, bref il y a des solutions. Et si les passants (ou autre touristes) sont flous car ils bougent durant le long temps de pose, ça n’en est que mieux. Donc du côté grand angle/ plan très général le besoin de grande ouverture est finalement assez limité. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est toujours appréciable de pouvoir faire une photo au 24mm f/1.4 lorsqu’il fait sombre, mais en voyage ça ne me semble pas forcément le point le plus important sur lequel focaliser.
Par contre pour l’ambiance en soirée, à 1/8è de seconde la moindre personne qui n’est pas parfaitement immobile devient floue. Et ça n’est pas la stabilisation de l’objectif qui y pourra quoi que ce soit ! A l’opposé, on a rarement besoin de faire un portrait serré « typé studio » le soir, donc les focales de 85mm et plus ne me semblent pas à privilégier. Pour des portraits (de jour) avec une profondeur de champ réduite, on peut généralement s’en sortir avec une focale beaucoup plus longue (200mm). Même à f/5.6 sur capteur micro 4/3, si le sujet est assez proche et l’arrière plan pas trop collé derrière, ça fera une jolie photo avec un fond agréable.

Canard à un équivalent 280mm f/5.8 sur capteur micro 4/3

Par contre c’est aussi ces focales un poil plus longues (> 50 mm) qu’on utilise pour saisir des détails. Et c’est à partir de ces focales que le flou (du photographe ou du sujet) devient vite un souci.
Il faut trouver un compromis, mon préféré sans équivoque étant un équivalent 50mm qui permet de photographier les gens un peu plus individuellement (en évitant de trop s’approcher) ou de saisir des détails accessibles. Il m’arrive régulièrement de faire des photos en soirée avec des amis avec un simple 50mm sur mon réflex full frame. On compense l’impossibilité de faire un plan général en multipliant les photos de petits détails qui retranscrivent tout aussi bien l’ambiance et donnent un aspect plus intime. Et si on veut cadrer plus serré, on recadre la photo par la suite, en ayant une photo nette et moins granuleuse grâce à la grande ouverture (donc iso plus faibles), on peut se permettre de recadrer sans souci.

Focales utilisées au GH2 + 14-140 a 1600 ISO et plus lors de notre tour d’Europe

J’ai sorti les statistiques de mes photos à iso élevés (>= 1600 dans mon cas) pensant pouvoir aboutir à la focale fixe à grande ouverture à privilégier, mais en fait on se retrouve exactement dans la problématique évoquée plus haut : au grand angle (ce qui représente la majorité de mes photos à iso élevés) avoir un équivalent 28mm f/1.8 n’aurait pas sensiblement amélioré la photo (juste un peu moins de grain). Par contre sur les photos à focale plus longue (équivalents 50mm et même un peu plus, le second pic) du graphe, l’apport aurait été important (moins de flous de bougés du photographe ou des sujets). Le pic à équivalent 280mm (140 sur le graphe) n’a pas grand intérêt, vous ne pourrez pas voyager avec un 300mm f/2.0 dans une sacoche !
Donc 1 focale fixe (en plus d’un zoom) : je choisis un équivalent 50mm sans hésiter (entre 40 et 60mm en gros)
Si on en envisage 2, là ça se corse, un équivalent 80-90mm serait un gros plus, mais du coup le 50mm est un peu redondant, donc probablement 80-90mm + quelque chose autour de 35mm.

Un appareil avec un GPS c’est pas mieux ?
En voyage type rando vélo, on cherche souvent à limiter la déperdition énergétique. Les GPS sont des gouffres à batterie. Vous aurez en pratique rarement besoin de savoir que telle photo a été exactement prise ici et pas là. Si vous tenez un journal de bord et que vous réglez la date de votre appareil correctement avant de partir (et lors d’éventuels changements de fuseaux horaires) je vous garantis que vous retrouverez toujours sans souci où a été pris chaque photo. Le GPS ne me semble absolument pas indispensable. Si vraiment vous y tenez, vous pouvez utiliser celui de votre smartphone : avec la majorité des appareils photo récents, vous pouvez installer sur votre smartphone une app de la marque de l’appareil photo et vous pouvez loguer votre position. Ensuite en connectant l’appareil photo au smartphone (généralement en wifi), l’application peut mettre à jour les information de localisation des photos grâce au journal enregistré par le smartphone. Sachez que ça existe, mais peu s’en servent car ça consomme de la batterie (du smartphone) par rapport à l’intérêt… et en voyage on n’est rarement avec trop de batterie !

Et le flash ?
Pour une fois je peux faire court : non jamais !
Zéro photo au flash durant notre tour d’Europe. Le flash tel qu’il est généralement intégré sur les appareils (le petit machin qui se déplie) ne sert généralement qu’à une chose : transformer un chouette moment en photo figée moche et peu agréable. Je préfère largement du grain de montée en iso que l’écrasement d’une scène par le flash.
La présence ou absence de flash intégré n’est donc pas du tout (pour moi) un critère de choix.
Flash séparé ? Ca pourrait être parfois utile, mais totalement sans pertinence pour du voyage : encombrant, encore des piles à charger… la photo en voyage c’est avant tout capturer une réalité, pas fabriquer une scène. Il fait sombre à un endroit, alors c’est normal que la photo soit sombre et granuleuse !

Tu ne parles pas de GoPro ?
Un excellent complément si vous en avez les moyens. Pour filmer par tout temps, faire des timelapses (de jour), filmer dans l’eau… c’est nickel. Mais en aucun cas un appareil principal. D’un point de vue photo un smartphone récent fait mieux, dispose de plus de réglages, est plus pratique à utiliser… En vidéo l’angle de champ est beaucoup trop large et pour le modifier (crop de l’image, donc perte de qualité) c’est pénible et pas du tout adapté à un usage au quotidien. Si votre budget le permet… Gopro Hero 6 black (ou 7 black) sans hésiter. L’écran est un grand plus par rapport à la Hero Session. Le son (toujours très moyen) à nettement progressé dans les versions 5 et 6 (par rapport aux gopro 4 et précédentes). La 6 est également stabilisée, ce qui manquait cruellement aux versions précédentes. Et la stabilisation sur la 7 (à venir) est encore un gros cran au dessus.
Il y a des alternatives à GoPro, Sony fait d’excellentes action-cam notamment, mais la disponibilité et l’omniprésence de Gopro milite en sa faveur (compatibilité au montage, nombre de fixations…). N’empêche qu’un bon smartphone étanche peut déjà probablement répondre à la majorité des besoins.

Un drone ?
A l’heure où les smartphones deviennent étanches (Samsung, Apple, Sony…) l’intérêt de la gopro est limité par rapport à celui… du drone ! Là encore tout est question de budget et de poids, mais c’est clair qu’un petit DJI Mavic air et vos vidéos feront un bon qualitatif phénoménal en montrant le contexte, les lieux sous des angles différents, et en vous prenant en train de randonner (à vélo, à pied…) sans devoir jouer au jeu du : j’arrête le vélo, je fais 50 mètres à pied, j’installe le trépied, je lance la vidéo, je retourne au vélo, je roule, je m’arrête 50 mètres plus loin, je descend de vélo, je vais chercher l’appareil sur son trépied, je replie le trépied, je retourne au vélo… Même chose en photo : une petite photo, même imparfaite du lieu vu d’un peu loin (vallée, bivouac… par ex) peut être un grand plus pour le souvenir du lieu.
Par contre ça consomme de la batterie, il faut en prévoir au moins une en rab et c’est un nouveau problème pour les charger en voyage itinérant quand on n’a pas toujours une prise électrique sous la main.
Sincèrement, seuls peu drones méritent de s’y intéresser : le dji Mavic Pro (4k, pliable, génération n-1 dont prix en forte baisse), sa déclinaison Mavic Pro 2 « Hasselblad » plus récente et avec un capteur 1″ , le Spark (tout petit, 1080p seulement, pas repliable) et le petit dernier, parfait pour nous : le Mavic Air, 4k, pliable et plus petit que les Mavic Pro tout en ayant une qualité d’image excellente en vidéo. Le Mavic Pro 2 « Hasselblad » fournit de bien meilleures photos que le Air, mais le poids et le prix ne sont pas les mêmes !
Tout le reste est soit trop encombrant (reste de la gamme dji par exemple), soit horriblement trop cher, soit la qualité de l’image produite ne permet pas de l’intégrer dans un montage vidéo un tantinet sérieux. Ça n’est pas tant que l’image n’est pas très nette ou de trop faible résolution (on trouve des drones « 4K » à pas cher), mais sans stabilisation matérielle efficace et avec un capteur médiocre, le rendu est limite in-regardable à cause du « jello effect » (pensez gelée anglaise qui bouge) affectant toute l’image au moindre mouvement du drone. Parrot est un peu revenu dans la course avec son Anafi (4k, rechargeable via usb), mais dans l’ensemble dji fait de meilleurs produits en terme de qualité/prix/finition/suivi logiciel/….
A l’heure du choix, Si on accepte sa qualité et sa portée un peu inférieures, le Spark peut être le meilleur choix car il est plus léger, rechargeable via l’usb (les autres dji ne le sont pas) et peut se passer de contrôleur dédié en n’utilisant qu’un simple smartphone. Un compromis intéressant. Le Air est le plus pertinent car la qualité d’image est nettement meilleure.

Et les accessoires ?
Trépied, filtres, … je crois que ça sort du cadre de ce post, ça fera peut-être l’objet d’un autre message fleuve par la suite si vous êtes demandeurs.

RAW ou jpeg ?
Comme pour le point au dessus, ça sort un peu du cadre de ce déjà très long article, j’ai écrit un billet de blog séparé sur le sujet.

Nan mais franchement tu n’es pas un peu élitiste avec tes appareils à 2000€ et tes objectifs à peine moins cher ?
Déjà si vous êtes là c’est que pour vous la photo a une assez grande importance, donc vous n’êtes pas vraiment à la recherche de n’importe quel appareil photo. Pour ma part je cherche à proposer mon interprétation du marché et à la croiser avec les réalités et les besoins liés à la photo en voyage. Par exemple, partir faire un tour du monde à vélo avec juste un zoom ne dépassant pas 70mm sur un ultra compact me semble inadapté. De même compter sur un compact à 200€, petit capteur et gros zoom me semble très dommage si vous cherchez à ramener des photos mémorables. En extérieur, pleine journée, votre zoom 720mm fera un malheur pour montrer un oiseau au loin, mais dès que la soleil sera couché votre appareil deviendra un cauchemar à utiliser. Si votre budget est très limité, regardez les versions n-1 ou n-2 des appareils que vous auriez convoité. Par exemple le Canon G7X première version est déjà très bien pour un tarif inférieur au modèle actuel. Le RX 100 premier du nom disposait d’un zoom plus long que les modèles suivants (mais ouvrant moins). Les boitiers Canon série à 3 chiffres décotent vite car ils sont renouvelés souvent. Les 650D, 700D sont de bons choix. Regardez ce que vous pouvez trouver sur le marché de l’occasion, notamment les objectifs qui vieillissent généralement bien.
Par contre à chaque fois que vous remontez en arrière dans le temps, vous choisissez un appareil moins bon, avec des problèmes parfois pénibles qui sont souvent corrigés par le nouveau modèle (stabilisation, qualité vidéo, …) Une fois de plus le curseur est complexe à positionner. N’oubliez pas que les photos et les vidéos sont souvent les éléments les plus importants pour vous aider à vous souvenir de tous les bons moments de ce voyage. Un chouette portrait d’une personne rencontrée, un magnifique paysage d’un lieu de bivouac, sont des éléments qu’on chérit au retour. A mon sens ça mérite d’y consacrer un budget cohérent, bien plus que de ramener des petits souvenirs qui prendront la poussière chez vous ou incommoderont les personnes à qui vous les offrez… mais chacun ses trucs bien sûr.

Conclusion

J’ai fait long, très long, mais c’est vraiment parce que c’est un sujet qui me tient à cœur, que j’ai beaucoup investigué et pour lequel il est TRÈS difficile de trancher.

Si comme moi vous vous êtes du genre à vous interroger pendant des heures sur les meilleurs rapports qualité/prix, les avantages et les inconvénients, les « plus raisonnable de »… n’oubliez pas que la photographie est avant tout une passion, et parfois choisir du matériel pour lequel « on craque » et qu’on aura plaisir à utiliser est bien plus pertinent que de choisir le meilleur rapport qualité/prix. Si vous voulez partir avec du matériel ultra qualitatif, vous trouverez toujours les ressources pour le financer et le transporter.

Enfin, pour finir sur une note positive je conclurai quand même avec une vision plus proche de Ken Rockwell : Aujourd’hui tous les appareils et objectifs permettent la réalisation d’excellentes photos, et la limite sera bien souvent le photographe plutôt que le matériel. Un bon cadrage d’une photo prise au bon moment avec les bons réglages sera meilleure sur un appareil photo quelconque qu’un néophyte qui fait n’importe quoi avec un appareil de pro à 5 000 euros. N’oubliez pas non plus la partie traitement : un RAW, même issu d’un compact à capteur 1″, bien travaillé (débouchage des ombres, récupération des hautes lumières…) sera souvent une bien meilleure image finale qu’un jpeg brut en contre-jour mal géré issu d’un boitier fullframe à 4000 euros coiffé d’un objectif haut de gamme à 2000.

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