La photo en voyage : RAW ou JPEG ?

Encore une question existentielle pour laquelle il vaut mieux réfléchir avant le départ.

Pour ceux qui n’ont aucune idée de quoi on parle, plus d’infos ici.

Résumé en quelques lignes : quand on fait une photo avec un appareil photo un peu évolué (en dehors des compacts d’entrée de gamme) on a le choix entre 2 types de fichiers pour stocker sur notre carte mémoire, l’un est le traditionnel jpeg, qu’on peut visualiser tout de suite sur l’écran d’un ordinateur ou d’une télé, envoyer à ses amis… et l’autre, le RAW, est plus l’équivalent d’un négatif argentique : une photo en devenir, qu’il faudra impérativement « développer » avant de pouvoir l’afficher.

Avantages du JPEG :
– souvent largement suffisant. Lorsqu’on utilise la meilleure qualité de jpeg et le format le plus grand on a suffisamment de pixels pour tirer une photo dans n’importe quel format (même pour faire un grand cadre de 50×75 cm).
– taille des fichiers plus petite. C’est un gros avantage en voyage longue durée (sauvegarde sur disque dur externe, transfert via internet, …).
– prêt à l’emploi pour transmettre à n’importe qui, tirer une photo sur n’importe quelle borne ou chez un photographe quelconque durant le voyage (on l’a fait) pour offrir des tirages.

Inconvénients du JPEG :
– Malgré tout il y a une compression qui peut être visible sur les très grands tirages ou lorsqu’on recadre sévèrement. Ça reste de l’ordre du négligeable sur certaines photos simples (fond quasi uni…), mais très visible sur d’autres images (herbe -> gros gloubi boulga plutôt que brins individuels bien séparés). Bref on ne stocke pas la meilleure qualité possible.

Lissage d’herbe en jpeg. C’est pas terrible !

– Si la balance des blancs est mauvaise c’est difficile à rattraper. C’est vrai si vous utilisez la balance des blancs manuelle (genre lumière incandescente puis sortez dehors et oubliez de la re-régler). Par contre en balance des blancs automatique, l’appareil se débrouille généralement plutôt bien et les petites corrections restent du coup largement possibles.
– quasi impossibilité de récupérer des détails dans les photos ou arrière plans surexposés (ciel blanc, ce qu’on voit au travers une fenêtre…).
– Grosse difficulté pour éclaircir une photo largement sous-exposée (portrait en contre-jour par exemple).

L’avantage du RAW :
– qualité optimale. Le meilleur que vous puissiez tirer de votre boitier et de vos objectifs
– permet de rattraper généralement très bien les zones cramées d’une image sans toucher au reste de l’image (rendre les nuances des nuages visibles plutôt qu’un ciel blanc uniforme).
– grosse liberté d’éclaircir les photos sous-exposées.
– d’une manière générale l’ensemble des traitements et corrections applicables aux photos fonctionnent mieux sur un RAW qu’un jpeg, par exemple des modifications importantes d’exposition d’un paysage en jpeg peuvent donner des dégradés pas très lisses dans les bleus des ciels, ce qui ne se produit pas en RAW.
– l’obligation de passer par un logiciel de traitement fait qu’il est très simple au passage de corriger les gros défauts de ses images, choses qu’on aura tendance à ne pas faire si on fait du jpeg.

Inconvénients du RAW :
– poids des fichiers (généralement de l’ordre de 3-5 fois plus lourd)
– obligation de convertir les RAW en jpeg pour les montrer/tirer/partager, ce qui nécessite un ordinateur relativement puissant (pas un netbook à 300€) et un logiciel dédié (impossible dans un cybercafé).
– sur les appareils Sony à très haut nombre de mégapixels (42 mégapixels de la gamme A7R), impossibilité d’utiliser un format plus petit (genre 24 mégapixels). On a donc 42 mégapixels pour tout, même des photos qui n’ont aucun intérêt à posséder une telle résolution. Ca occupe beaucoup de place sur le disque pour pas grand chose.

Quel choix avons-nous fait pour notre tour d’Europe ? Était-ce le bon choix ?
En 2011 nous sommes partis avec la rolls des disques durs externes 2,5 pouces : 1 To et un ordinateur relativement puissant. Je comptais faire beaucoup de vidéos et le constat était malheureusement que sur la durée que nous prévoyions (> 12 mois), il nous serait impossible de stocker RAW+vidéos sur un seul disque. On aurait pu faire des choses compliquées, commencer à acheter un nouveau disque un peu avant que le premier soit plein, dupliquer les photos dessus et l’envoyer à quelqu’un en France, puis après confirmation de la bonne réception et duplication sur un autre support, faire du nettoyage sur notre disque en virant toutes les photos passées, mais cela supposait une logistique qu’on voulait éviter. Nous avions aussi fait un choix de traiter la photo de manière un peu moins importante pour favoriser la vidéo. Le choix de l’appareil photo s’est d’ailleurs fait en ce sens. Nous avions aussi une volonté forte de poster nos images au fil du voyage pour les partager avec notre famille et nos amis.
Du coup j’ai choisi… le jpeg.

Pendant le voyage il faut avouer que c’était très pratique. J’avais une simple macro qui redimensionnait les images sur l’ordinateur et les postait sur le net au fur et à mesure du voyage : nickel même si ça me faisait mal au cœur de voir toute ces photos quasi non triées, grisouille et non corrigées postées sur internet. Ca ne me ressemble pas du tout ! Mais en même temps il nous était impossible de faire autrement. Impossible de cramer 2 heures de batterie de l’ordinateur portable (et de vie) tous les jours pour retoucher les images aux petits oignons. Impossible aussi de traiter des centaines de RAW sur un ordinateur ultra portable sans risque de le cramer tout court (ça m’est arrivé avec un ordinateur précédent). Bref pendant le voyage ce choix était légitime, nécessaire et je n’ai aucun regret.

Au retour par contre les choses se gâtent, regarder en plein écran un paysage au rendu cotonneux à cause de la compression jpeg ça m’amuse beaucoup moins (voir par exemple la photo du paysage au milieu de l’article sur le choix du matériel photo). Voir les noirs ou les blancs bouchés, irrattrapables me procure les mêmes sentiments.

J’ai importé toutes mes photos dans lightroom, malgré tout il ne faut pas abuser, on peut largement corriger les jpeg, rajouter de la netteté, du contraste, de la saturation, même retoucher un peu la balance des blancs sans trop de souci… mais on sent bien que la latitude sur laquelle on peut jouer est faible. Je ne vais pas dire que je regrette car c’était quasiment un impératif de shooter en jpeg, mais si photographier en RAW avait été plus facile pour notre projet à l’époque, j’aurai clairement choisi cette voie.

Alors à l’heure du choix, je crois que (pour moi) la réponse s’impose d’elle même : RAW+jpeg !
La majorité des boitiers permet cette combinaison. L’appareil perd un peu en réactivité (vous n’aurez pas 5 images par seconde sur un Canon G7X) mais au moins vous avez le meilleur des 2 mondes : jpeg pendant le voyage et raw au retour.
Pour le stockage, avec des disques de 2 et même maintenant 4 To le problème ne devrait plus trop se poser. Si vous ne faites quasiment pas de vidéo, même 1 To est suffisant pour stocker plusieurs dizaines de milliers de raw (selon le boitier, les RAW font entre 20 et 50 Mo pièce / les jpegs entre 5 et 15 Mo).
On peut également faire RAW+jpeg avec des jpegs de plus petit format (M,S…) , ainsi on s’évite la lourde tâche de redimensionner avant de transférer les photos pour l’aspect email/réseaux sociaux/… et si on venait à perdre tous ses RAW, avoir un jpeg de 8 mégapixels au lieu de 24 c’est déjà vachement mieux que rien !

Lorsqu’on vide ses cartes mémoires, selon l’ordinateur embarqué on peut éventuellement stocker les jpegs sur le disque interne de l’ordinateur et les RAW sur le disque externe, ceinture et bretelle !

Vous vous en doutez, l’idée est d’utiliser les jpegs pendant le voyage (sauvegarde en les uploadant sur un compte quelconque genre Dropbox, Amazon Cloud, Hubic…), transfert à des amis, post sur votre blog.. et au retour, on importe les RAW dans son logiciel de traitement favori (Adobe Lightroom par exemple mais il y en a des gratuits) et on profite des fonctions avancées de comparaison, traitement par lot, … pour trier sévèrement et retoucher rapidement les meilleures photos. Ensuite on exporte en jpeg de la meilleure qualité possible, et rien n’impose de conserver les RAW une fois le plus gros des traitements effectués. Déjà on peut dégager sans état d’âme tous les RAW des photos n’ayant pas passé notre première sélection, quel intérêt de conserver les photos floues, les doublons/triplons… ? Ensuite ça dépend de chacun bien entendu, selon les capacités de votre ordinateur, la probabilité de devoir retravailler les images un jour (si vous avez eu la main lourde sur la saturation, peut-être aimerez-vous pouvoir faire une photo plus réaliste dans 6 mois…)

Bref, pour avoir shooté pendant 14 mois en jpeg alors que sinon je shoote et shotais 100% du temps en RAW, pour moi la différence est très nette et très en faveur du RAW. Mais comme toute technique un peu pointue, il faut savoir la maîtriser, prenez le temps avant le départ de vous familiariser avec les concepts, faites des tests : réglez votre appareil en RAW+jpeg, essayez de sous ou surexposer une photo, faites de même en loupant volontairement la balance des blancs… et comparez ensuite les capacités de récupération sur chacun des 2 formats. Vous verrez bien ce qui vous convient le mieux !

Enfin sachez que les reflex ne sont pas les seuls à bénéficier de l’intérêt du RAW, je dirais même que c’est le contraire. C’est sur un compact, sur une photo à 3200 iso que vous verrez le mieux la différence de qualité entre un jpeg sorti du boitier, aux couleurs un peu dégueulasses et lissées à la truelle et le RAW sur lequel vous pourrez régler finement la quantité de netteté et de lissage que vous acceptez.

Une photo vaut 1000 mots :

Jpeg vs RAW, saurez-vous reconnaître qui est qui ? 🙂

Quelques conseils si vous choisissez malgré tout le jpeg :
– sauf cas exceptionnel, laissez toujours la balance des blancs sur automatique, vous éviterez ainsi les grosses erreurs (en passant de l’intérieur à l’extérieur).
– réglez l’appareil pour une « réduction du bruit/grain » au minimum. Vous aurez plus de grain sur les photos à iso élevés mais ça sera nettement plus agréable que de regarder ce qui sinon ressemble plus à une peinture qu’une photo.
– évitez les profils de couleurs trop saturés genre « paysage », sur le moment c’est bien, ça claque, mais ça risque de vous rendre tout traitement ultérieur compliqué (noirs bouchés irrattrapables par exemple). Il est très difficile de juger du rendu sur l’écran de l’appareil. Un rendu un peu plat (flat), naturel, (natural) est à donc privilégier, quitte à booster tout ça au retour. On évite aussi les bêtises en ayant oublié l’appareil en rendu « paysage saturé » en en faisant toute une série de portraits avec toutes les imperfections de la peau qui ressortent bien rouge !
– faites des tests sur les modes « dynamiques » (dynamic+, « correction auto de luminosité »…) si votre appareil les propose. Selon les marques/modèles c’est un bon compromis pour réduire un peu les zones très claires et éviter qu’elles soient cramées. Mais à tester car cela peut entrainer un rendu peu réaliste. Il y a souvent plusieurs niveaux et si le mode le plus élevé peut rendre bien dans certaines situations, attention il peut être catastrophique dans d’autres… et c’est le genre de paramètre que vous n’allez pas changer entre chaque photo, en passant d’intérieur à l’extérieur par exemple.
– brackettez systématiquement lorsque l’exposition est délicate. Bracketter c’est faire une photo « normale », une plus claire et une plus sombre. Les appareils photo ont souvent une fonction spéciale pour faire ça, mais en pratique c’est beaucoup plus simple et rapide d’utiliser le correcteur d’exposition et de faire 3,4 ou 5 photos en quelques secondes en faisant varier cette correction (par exemple -2,-1,0,+1,+2) entre chaque photo. Au retour vous garderez la photo la meilleure, car entre ce qu’on voit sur l’écran de l’appareil en extérieur plein soleil et la même photo sur l’écran de l’ordinateur au retour on a souvent des surprises.
– Si vous avez un appareil du type réflex à capteur APS-C ou plein format, vous avez souvent intérêt à ne pas chercher à surexposer, même en jpeg il sera plus facile d’éclaircir un peu une photo un poil sombre que de récupérer des zones cramées. Certains appareils proposent une « priorité hautes lumières » pour justement éviter de les brûler… à tester avant le départ pour voir si cela vous convient ou non. Après face à un contre-jour important il n’y a pas de miracle : il faut choisir entre faire une silhouette (et avoir des détails dans les zones claires) ou un premier blanc bien exposé quitte à cramer tout le reste.
– Les exceptions sont lorsqu’il fait sombre et que vous êtes à iso élevés : il vaut mieux ne pas se tromper en terme d’exposition, car récupérer des détails dans les ombres va engendrer beaucoup de bruit, donc retour à la règle 2 crans au dessus : en cas de doute, bracketter !

Cette entrée a été publiée dans Les grandes interrogations, Matériel, Préparatifs. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.